jeudi 17 juillet 2014

Le clan des Siciliens

"Les voilà! les voilà! c´est vous! quelle merveille! Par ici les manteaux, par là les bouteilles. Les voisins sont montés en chemise de nuit, on les applaudit, ce sont des amis. Un pique nique en hiver sur une moquette, c´est la faim, c´est la joie, la bonne franquette. Et ça fume et ça boit, ça chante et ça rit. Je peux vivre sans pain mais pas sans amis..." (La bonne franquette, Herbert Pagani)

Ces paroles de chanson, je ne les connaissais pas avant de connaître celle qui est ensuite devenue @MmeCalaf il y a 14 ans maintenant.
Disons que je ne suis pas le seul à connaître des chansons... peu connues...

L'amitié. C'est une valeur universelle.
Même si à y regarder de plus près, on a toujours un truc à dire sur l'un ou sur l'autre. C'est la nature humaine qui doit vouloir ça. Ou alors nous sommes tellement peu sûrs de nous, que nous cherchons à dédouaner ce manque de confiance dans le reproche fait aux autres.

Il n'y a aucune amitié sincère alors ?
Et si l'amitié c'était aussi de savoir reconnaître ce qu'on aime chez l'autre, sans nier les petits riens qu'on apprécie moins. L'amitié c'est donc être lucide et sincère en somme.
J'aime bien ça.
Les moments où le temps passe si vite qu'on ne s'en rend plus compte. Où l'on peut se parler comme si on s'était vu encore la veille, alors que la dernière rencontre date de plusieurs mois ou de plusieurs années.

"Si tu aimes les éclaircies, mon enfant, mon enfant, prendre un bain de minuit dans le grand océan, si tu aimes la mauvaise vie, ton reflet dans l´étang, si tu veux tes amis près de toi, tout le temps..." (Ton héritage, Benjamin Biolay)

Les amis, la famille. La famille dont on hérite à la naissance. La famille qu'on se choisit et qu'on appelle "les amis".
C'est pareil. C'est l'un des pieds du trépied dont j'ai régulièrement parlé ici.

La famille, c'est pour moi se retrouver comme dans la série que je regardais dans ma jeunesse. "Une famille formidable". Dans ses débuts, bien avant qu'ils n'étirent le concept en longueur, en lui faisant perdre pas mal de sens je trouve.
Mais bref, cette famille qui pouvait traverser des moments de joie intense, des difficultés, mais qui se retrouvait toujours, à la fin de l'épisode, autour d'une table, dans une bonne ambiance.
Aimer l'autre, en respectant ses différences.

La famille, pour moi, c'est me retrouver avec mon "clan des siciliens", autour des lasagnes préparées par la mamma qui n'a rien d'une sicilienne sur le plan génétique, mais beaucoup sur les autres plans.
C'est se retrouver autour des desserts "traditionnels". C'est discuter, rire. Ne pas être d'accord parfois. Se dire aussi que, oui, vraiment, la mamma parle autant qu'une vraie sicilienne. Mais ne pas voir le temps passer.
C'est bizarre à quel point les clichés de la famille sicilienne peuvent se retrouver dans ces moments passés. Je n'ai pas pourtant l'impression d'avoir été élevé par un padre traditionaliste, au contraire, mais il faut croire qu'une partie de cet esprit est génétique.

J'aimerais me dire que tout le monde peut vivre des moments comme ça. J'aimerais me dire qu'il suffit de ne pas se prendre au sérieux, et de prendre la vie comme elle vient. Et que ces moments là sont autant de petits cailloux semés sur le chemin de nos vies pour pouvoir contempler un jour tout ce que nous aurons parcouru ensemble.


"Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe ma vie à écouter cette symphonie qui était si belle et qui me rappelle un amour fini" (Dans la maison vide, Michel Polnareff)

"Docteur, depuis qu'il est mort, je n'arrive plus à vivre. Je n'arrive plus à avancer. Je ne mange plus".

Tous les médecins généralistes qui liront ce billet liront cette phrase comme un écho à leurs propres expériences professionnelles. Nous avons tous entendu cela un jour ou l'autre.
Comment ça se passe quand on a eu l'habitude d'avoir de l'animation dans un foyer, et que d'un coup le silence y règne.
Comment fait-on pour surmonter cela ? On parle au disparu, quitte à passer pour un imbécile aux yeux des autres ?

Mais surtout, quand on n'a pas eu de clan, quand on n'a pas entretenu cet esprit de famille, ou qu'on n'a pas veillé à avoir un cercle de famille choisie (comprenez d'amis) sur qui compter, on fait comment ?

"La maison si nette, qu'elle en est suspecte, comme tous ces endroits où l'on ne vit pas. Les êtres ont cédés, perdu la bagarre, les choses ont gagné, c'est leur territoire.
Le temps qui nous casse, ne la change pas, les vivants se fanent, mais les ombres pas. Tout va, tout fonctionne, sans but sans pourquoi, d'hiver en automne, ni fièvre ni froid" (La vie par procuration, Jean-Jacques Goldman)


Tic. Tac. Tic. Tac.
J'imagine une scène de cinéma. Une horloge franc-comtoise responsable de ce tic-tac.

Finalement, je préfère que la mamma parle fort. Et que le padre fasse ses blagues à deux balles. Et que les zèbres s'amusent. Et qu'entre frangins on continue à se taquiner.
Et que je retrouve les twittos aussi. Ca fait un bail que je ne les ai pas vus. Mais on reprendra le fil de notre discussion, comme d'habitude.

Il paraît qu'on vieillit comme on a vécu.
Je vous raconte pas le bordel que ça va être.
Mais on va finir tous autour d'un repas. A table.

Générique. Pas de mot "FIN". On va l'étirer en longueur aussi le concept. Après tout...

dimanche 15 juin 2014

La Médecine Générale en finale ?

"Le temps passe. Devant nous, l'impasse. Avant le passage, sachons être sages. Je sais la faiblesse de mes mots qui blessent. Je m'en veux tant.
Le temps court sans aucun recours. Mes peurs m'encouragent à te mordre de rage, un dernier reproche et le mur se rapproche. Je m'en veux tant." (Six pieds sous terre, Mozart l'Opéra Rock)


Il y a quelques jours, @gendesalp publiait un billet ici en guise de bilan et de point final à son activité de médecin généraliste libéral.

Comme beaucoup d'autres, j'imagine, j'ai accueilli la nouvelle à la manière d'une gifle en pleine figure.
Tous ses arguments résonnent parfaitement chez beaucoup d'entre nous, médecins généralistes.
La course à une augmentation de notre rémunération pour faire face aux charges, la diminution de nos semaines de vacances pour tenter de compenser... la course sans fin, avec l'arrière pensée qu'il ne faut pas se plaindre, parce qu'à bien y regarder il y a des citoyens bien plus en difficulté que nous.

Une petite dose supplémentaire de "t'as signé, c'est pour en chier" qu'on entend souvent, entre deux "on vous a payé vos études" et "arrêtez de vous plaindre bande de nantis", et on en arrive au constat partagé : Quid de l'avenir de la médecine générale en France ?

J'avais déjà eu l'occasion d'en parler, voire de pousser des coups de gueule ici et ou encore .

Le temps passe. Peu de choses changent. Les découragements s'amoncèlent.

"Elle attend que le monde change, elle attend que changent les temps. Elle attend que ce monde étrange se perde et que tournent les vents. Inexorablement, elle attend" (Elle attend, Jean-Jacques Goldman)

Alors, une fois n'est pas coutume, je vais un peu sortir du monde des bisounours pour parler de nous. J'entends "nous" les médecins généralistes. Et notamment ceux des réseaux sociaux, très actifs.

Il plane en ce moment une sorte d'indignation mêlée à une résignation viscérale.
Le choses vont mal. Nous allons droit dans le mur.
Nous nous lamentons, nous nous offusquons, nous sommes parfois révoltés.
Et après ?
Une fois ces sentiments de colère et de rage passés, que faisons-nous ?
Nous retournons sagement à nos occupations.
Oh, parfois, nous râlons un peu plus fort, si fort que d'autres que nous (les généralistes) l'entendent, et s'indignent de concert.

Mais nous restons là. A attendre que le monde change. Qu'il change comme nous le voulons, mais qu'il change sans que nous intervenions. Parce que, bon, faut pas pousser, on a des milliards de choses à faire, et beaucoup trop pour s'investir et influencer les choix et les décisions de ceux qui sont aux responsabilités.


"Trois tours d'périph, fenêtre ouverte, j'vois passer c'qu'on aurait pu être. Oui, je t'en veux, mais moins qu'à moi" (Tout s'efface, Patrick Bruel)

Je m'en veux. Je n'en fais sans doute pas assez.
Nous, médecins généralistes, pourrions connaître un avenir tellement plus encourageant que celui qui nous est promis. Nous pourrions faire tellement, en collaboration avec nos confrères des autres spécialités. Mais nous restons là, contemplatifs. Nous laissons les autres faire. En râlant. Mais sans bouger. Ou si peu.

En ces moments de coupe du monde de football, nous râlons sur les joueurs et l'arbitre devant notre écran, sans vouloir chausser les crampons et aller sur le terrain. C'est plus facile. On peut ensuite avoir le beau rôle, à coups de "je vous l'avais bien dit" ou de "je savais parfaitement ce qu'il fallait faire, c'était évident, et facile".

"On dit dans la rue que pour toi y a plus d'issue, que pour sauver ton honneur, il faut quitter cette fleur" (On dit dans la rue, Roméo et Juliette)

La situation est perdue d'avance ?
Il n'y a plus rien à faire ?
Nous allons tous, un jour ou l'autre dévisser notre plaque, nous les médecins généralistes ?
Et si on réveillait enfin un peu ?
Et si nous pesions un peu plus lourd dans les négociations, les décisions ?
Nous sommes soi-disant le pivot du système de soins... Je nous vois bien faire le culboto : nous bougeons beaucoup, mais nous restons sur-place.

J'entends déjà venir les critiques, je suis un syndicaliste... bla bla bla... mais toi t'as le temps... bla bla bla...

"Je prie les hommes, je prie les rois, d'être plus homme, d'être moins roi. Je prie les yeux, les yeux défaits ce que les cieux, ne voient jamais. Je prie l'amour, et nos cerveaux, qu'on imagine et qu'on se bouge et sans trop compter sur là-haut" (Prière païenne, Céline Dion)

Voilà.
Je prie. Pour que nous nous réveillons un peu.
Nous pouvons faire des actions collectives. Je ne parle pas de grève ou de choses de ce genre. Les syndicalistes pur souche auront tout le loisir de la décréter s'ils la souhaitent.
Non, je parle d'être force de proposition.
D'être un lobby. Pas dans le mauvais sens du terme. Pas pour défendre de petits intérêts particuliers.
Mais pour peser sur les négociations.
Parce qu'au final, ce sont nos patients, à tous, qui vont souffrir si nous partons.
Alors quel camp choisissez vous : celui des commentateurs sportifs, ou celui des joueurs ?
En sport, que l'on gagne ou qu'on perde un titre, on peut se targuer de l'avoir défendu.

Qu'allons-nous choisir de faire pour l'avenir de notre profession ?
Je serai sur le terrain. J'y suis déjà.
Mais nous ne sommes pas assez nombreux pour ce sport collectif.
J'entends déjà les commentateurs nous dire que nous aurions dû faire autrement.
J'ai du mal à voir l'arbitre. Il nous reste encore combien de temps avant le coup de sifflet final ?

jeudi 1 mai 2014

Le bonheur, si je veux

"A happy girl, a happy boy, a happy son, a happy friend all living in a happy world, all living in a lonely world" (Naive song, Mirwais)
(Une fille heureuse, un garçon heureux, un fils heureux, un ami heureux vivant tous dans un monde heureux, vivant tous dans un monde seul)

Ce billet me démange depuis un moment.C'est quoi le bonheur ? Qu'est-ce qui nous rend heureux ?

Je lis régulièrement sur les réseaux sociaux ou ailleurs des messages ou des billets très inquisiteurs sur le bonheur. Un peu dans l'idée de "C'est quand le bonheur" de Cali.
Comme si le bonheur ne dépendait que des autres, et jamais de soi.

"- Docteur, ça ne va pas du tout. Mon mari fait la cuisine, mais il n'écoute rien de ce que je lui dis. Il n'en fait qu'à sa tête. Pourtant je lui dis comment faire. Moi je sais. Mais il veut pas m'entendre. Il me rend folle à ne rien faire comme je le veux.
 - Donc ce qui ne va pas c'est que votre mari (de 83 ans) ne vous obéit pas ?

- Non. Enfin oui. Enfin... ce serait tellement plus simple s'il faisait ce que je lui dis"

Le bonheur, c'est uniquement l'autre qui peut l'apporter, si j'écoute cette patiente. Ou plus exactement, le bonheur, c'est quand le monde tourne comme "Je" l'a décidé. "Je" est donc heureux en dictant la conduite des autres.
Le bonheur de "Je" est une dictature.

"Quand JE et MOI sont dans un bateau, JE rame, et c'est MOI qui tombe à l'eau. Quant au boulot, pendant que JE, l'affreux, n'en fout pas une rame, moi, besogneux, ne bosse que pour ses impôts." (Je et Moi, Michel Fugain)


On pourrait multiplier les exemples à l'envi. Cette attente contemplative d'un évènement extérieur qui amènerait ce bonheur "parce que j'y ai droit".
J'ai un peu l'impression qu'à ce jeu là, on peut attendre longtemps. Toute une vie même.

"I was an impossible case, no-one ever could reach me. But I think I can see in your face there's a lot you can teach me. So I wanna know, what's the name of the game ? Does it mean anything to you ?" (The name of the game, ABBA)
(J'étais dans une situation impossible, personne ne pouvait m'atteindre. Mais je pense que je peux voir sur ton visage que tu peux m'apprendre beaucoup. Alors j'aimerais connaître le nom de ce jeu ? Est-ce que ça te dit quelque chose ?)

S'ouvrir aux autres. Partir du principe que le bonheur vient de l'autre par ce qu'il peut nous apporter et pas ce qu'on attend de lui.
Jouer le jeu du bonheur, sans exiger rien de personne, et juste prendre les choses comme elles viennent.
Le bonheur qu'on décrète plutôt que celui qu'on subit.
Bon... on frôle la bisounourserie quand même ?
Une amie a cité récemment dans un autre contexte le discours inaugural de Kennedy "ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays". Adapté à la recherche du bonheur, je dirais : n'attendez pas qu'on vous apporte le bonheur, mais œuvrez en permanence pour le créer.
Il y a une forme d'égoïsme dans le bonheur ? 

"Qu´est-ce qui les fait sourire encore, ces gosses des rues, toujours dehors, entre la peur et la loi du plus fort ? Est-ce qu´ils sourient pour la photo, ou parce que pour sauver sa peau, les autres et la misère, c´est déjà trop?" (Ne m'oublie pas, Michel Fugain)

On pourrait se dire que le bonheur dépend des conditions matérielles. Le bonheur, c'est vivre dans des draps de soie, en partant en vacance sur un yacht au milieu d'eaux bleu turquoises.
J'exerce dans une ville du nord, dans un quartier pas forcément très favorisé. Ce qu'on appelle le "niveau social" en terme de richesses n'est pas très important.
Et pourtant je ne soigne pas des patients tristes. Certains sont même des mines de bonheur à ciel ouvert.

"Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux. Il faut se satisfaire du nécessaire : un peu d'eau fraîche et de verdure que nous prodigue la nature, quelques rayons de miel et de soleil" (Le livre de la jungle)

Je me dis parfois que les dictateurs de bonheur, jamais satisfaits de ce que les autres peuvent apporter, devraient peut-être aller faire un tour dans des pays très défavorisés et voir à quel point les enfants peuvent tout de même être heureux.
Je me dis aussi qu'un jour, je devrais y faire un tour moi-même, pour apprendre à relativiser les fois où je ne suis pas content, où je me plains de telle ou telle chose. Pour voir que le bonheur, c'est de vivre, avant tout.
Mais être heureux, ça s'apprend ?

"T'es du parti des perdants, consciemment, viscéralement. Et tu regardes en bas, mais tu tomberas pas tant qu'on aura besoin de toi. Et tu prends les bonheurs comme grains de raisin, petits bouts de petits riens" (Famille, Jean-Jacques Goldman)

On peut ne pas avoir une forte confiance en soi et pourtant prendre la vie comme elle vient.
J'ai fait ce choix.
Je ne brille pas par ma confiance en moi, je pense que je me pose beaucoup (trop) de questions en permanence, mais j'aime me dire que le bonheur réside dans de petites choses.
Faire plaisir à mes zèbres.
Appeler ma femme sur la route, même si je serai là dans moins de 5 minutes.
Passer une après-midi à jouer au Time's up.
Aller rencontrer des twittos dans la vraie vie et parler tranquillement comme si nous nous étions toujours connus.
Lire les billets, les blogs, les merveilleux livres de ces mêmes twittos-amis. Etre fier de les connaître, comme on peut être fier de connaître de belles personnes.
Ca ne m'empêche pas de râler, bougonner, bien sûr. Je suis humain.

"J'ai décidé d'être heureux parce c'est bon pour la santé"  disait Voltaire.
Nous avons placé cette phrase en grand dans la maison pour y penser tous les jours.
Peu importe les évènements que la vie peut nous réserver, bons ou mauvais, car il y aura forcément les deux, on peut tenter d'être heureux si on le veut.

"Look at me standing here on my own again up straight in the sunshine. No need to run and hide, it's a wonderful wonderful life. No need to laugh and cry it's a wonderful wonderful life" (Wonderful life, Black)
(Regardez-moi ici encore, debout sous le soleil. Pas besoin de courir ou de se cacher, c'est une vie merveilleuse. Pas besoin de rire ou de crier, c'est une vie merveilleuse)

Chaque jour suffit sa peine.
Chaque jour porte aussi son lot de bonheur. Si "Je" veux.

dimanche 23 mars 2014

Carpe diem

"Il y a plein d´enfants qui se roulent sur la pelouse, il y a plein de chiens. Il y a même un chat, une tortue, des poissons rouges, il ne manque rien.
On dirait le Sud, le temps dure longtemps et la vie sûrement plus d´un million d´années. Et toujours en été.
Un jour ou l´autre il faudra qu´il y ait la guerre, on le sait bien. On n´aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire, on dit c´est le destin" (Le sud, Nino Ferrer)


Il y a quelques jours, mon zèbre m'a demandé d'enregistrer le documentaire "Apocalypse" sur France 2.
Il doivent le regarder à l'école en principe.
Ca tombe bien, je n'ai pas eu le temps de le regarder au moment de sa diffusion, et j'aurai la possibilité d'y jeter un œil aussi.
J'ai donc enregistré le programme sur l'ordinateur et l'ai ensuite converti en format DVD.
Soit. Je ne vais pas faire un billet sur "comment convertir un fichier wtv en DVD", rassurez-vous.

C'est juste qu'en vérifiant si la gravure avait fonctionné, je suis tombé sur des images qui m'ont fait l'effet d'une sacré claque.
On y voyait un enfant, une petite fille de 5 ou 6 ans, jouant à la plage, avec le sable et les vagues.
Sorties du contexte, ces images pourraient donner lieu d'images d'archives sur les années 30, la façon de vivre, les vacances. Quasiment une valeur ethnologique finalement.

Sauf que le titre du documentaire était "Apocalypse".
Cette fillette jouait, insouciante comme toutes les fillettes de 6 ans. Comme ma petite zébrette.

"Elle allait à l'école au village d'en bas. Elle apprenait les livres elle apprenait les lois. Elle chantait les grenouilles et les princesses qui dorment au bois. Elle aimait sa poupée elle aimait ses amis, surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie, et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie.
Comme toi [...] Comme toi que je regarde tout bas. Comme toi qui dort en rêvant à quoi ?
Comme toi [...]

 
Elle s'appelait Sarah, elle n'avait pas huit ans, sa vie c'était douceur rêves et nuages blancs, mais d'autres gens en avaient décidé autrement. Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge, c'était une petite fille sans histoire et très sage, mais elle n'est pas née comme toi ici et maintenant" (Comme toi, Jean-Jacques Goldman)


Même si cette chanson a été écrite en rapport à la deuxième guerre mondiale, je n'ai pu m'empêcher de l'entendre résonner dans ma tête immédiatement.
D'autant plus que cette première apocalypse n'a pas été suffisante et qu'elle a donné lieu à cette deuxième là.

Tous ces enfants insouciants, jouant sans imaginer la suite de leur vie. Sans imaginer que certains ne reverraient jamais leur père, leur mère, leurs proches à cause de ces guerres...

Je n'ai pas envie de me la jouer Miss France, j'aimerais qu'il n'y ait plus de guerre dans le monde, mais les évènements ne semblent pas prendre ce chemin.
Je suis habituellement d'un naturel optimiste, mais je ne peux m'empêcher d'y penser de plus en plus.

Nous avons la chance d'être nés dans un pays en paix, et d'être libres.

"J´avais oublié l´ironie de notre histoire. J´avais oublié qu´on a si peu de mémoire. Combien de larmes, combien de haines, combien de hontes, combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe?
Est-ce que c´est moi qui deviens fou? Répondez-moi, mes yeux sont flous. Au nom de qui fait-on le choix de l´innocence? Au nom d´ quelle liberté, de quelle transparence ?" (Combien de murs, Patrick Bruel)


J'ai un pincement au cœur, je vois la vie par mes yeux d'adultes et de père. Saura-t-on éviter un troisième opus ? Puis-je dormir en me disant que l'optimisme reste de mise et qu'il faut faire confiance en l'humain ?

J'aimerais me dire que les nouvelles technologies de l'information permettront d'éviter le pire, que la propagande sera rapidement mise à mal et que les peuples se parleront.
J'aimerais que le "plus jamais ça" soit vraiment dit et entendu.
La vie est trop courte pour penser la raccourcir encore, non ?

"In Europe and America, there's a growing feeling of hysteria. Conditioned to respond to all the threats in the rhetorical speeches of the Soviets. [...] We share the same biology regardless of ideology. What might save us, me, and you is if the Russians love their children too" (Russians, Sting)

(En Europe et en Amérique, un sentiment d'hystérie grandit. Conditionnés à répondre à toutes les menaces de la rhétorique des discours des Soviétiques. Nous partageons la même biologie, quelle que soit l'idéologie. Ce qui pourrait nous sauver vous et moi, c'est que les Russes aiment aussi leurs enfants)

En attendant, je vais continuer à sourire.
Zébrette me parle de princesses en souriant et en riant.
L'insouciance se cultive, je pense. Comme le père dans le film "La vie est belle".

Carpe diem.

vendredi 14 mars 2014

Carrément méchant, jamais content

"Sur le fil de ma vie je me perds parfois. A chercher l'équilibre, je tombe. Mes envies font toujours ce qu'elles veulent de moi, et tant pis si demain tout retombe" (Sur le fil, Jenifer)

Bon, d'accord, comme entrée en matière pour un billet de blog, citer du Jenifer, c'est comme un médecin qui puiserait ses connaissances dans Doctissimo...
Ma dernière zébrette avait allumé son lecteur mp3 antichoc (investissement incroyablement rentabilisé tellement elle l'écoute) et cette chanson emplissait la maison de façon ma foi fort sympathique habituelle.

Mes envies font ce qu'elles veulent de moi...
De quoi ai-je envie ?
De tout. De rien.
Un jour de soulever des montagnes. Le lendemain de repasser en stade larvaire et procrastinateur.
Parfois, je sais de quoi j'ai envie. Parfois pas du tout.
Et c'est régulièrement déstabilisant cette indécision.
Acheter des yaourts au supermarché, c'est presque un parcours du combattant : quel parfum ? quelle texture ? avec morceaux ? sans ?
Et si je me décide (enfin dirait ma chère et tendre) il m'arrive a posteriori de me dire "ah mais j'aurais peut être dû choisir l'autre finalement".

"Faudrait savoir ce que tu veux, Faudrait savoir ce que tu veux,
C est comme ça qu'est-ce que j y peux, C est comme ça qu'est-ce que j y peux
 Après tout qu'est-ce que j'y peux" (Double jeu, Christophe Willem)


Si je ne sais pas ce que je veux, est-ce parce que je ne sais pas qui je suis ?
Parce que si je savais, de A à Z, je saurais me décider pour mes yaourts à chaque moment important de ma vie, non ?
Donc, je ne sais pas qui je suis. Mais qui le sait alors ?
Ma femme et mes 3 zèbres ? Oui, je pense qu'ils me connaissent plutôt pas mal. Je me vois dans leurs yeux et je comprends par leurs réactions comment je fonctionne aussi.
Ils sont ma bouffée d'oxygène, un des pieds de mon trépied.

Les amis aussi permettent de mieux se connaître.
Je distingue volontiers les connaissances des amis. Les amis sont là dans les bons moments comme dans les mauvais, et vous pouvez ne pas vous voir pendant des semaines, voire des mois, et reprendre une discussion là où elle s'était arrêtée comme si le temps n'avait eu aucune prise.
Le temps laisse par contre une empreinte sur les connaissances, qui nous amène à parler de la pluie, du beau temps... et ne plus avoir grand chose d'autre à échanger.

Pour moi qui allie doute et manque de confiance en soi, les relations sociales jouent un rôle de miroir. Pas dans le sens narcissique de la sorcière dans Blanche-Neige "Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis le plus beau", mais plutôt pour montrer un reflet de soi avec un commentaire "Mais regarde-toi un peu, t'as pas à rougir de toi".

Mention toute spéciale à mes amis twittos et assimilés : un miroir inattendu et enrichissant. Je suis moi, on ne parle pas de la pluie et du beau temps... on se retrouve de temps en temps dans la vraie vie et nous poursuivons nos discussions.
Et même si Christian me renvoie une image Dexterienne qui me fait rire, j'espère bien le rencontrer un jour prochain...


"Un jour c´est oui, un jour c´est non. Un jour c´est d´accord, un jour c´est hmm pas question! Un jour c´est oui, un jour c´est non. Un jour sur deux, t´es adorable, un jour sur deux, t´es invivable" (Un jour c'est oui, un jour c'est non, Thierry Hazard)


Ce qui me rassure, c'est que les patients, en général, ont l'air d'être soumis aux mêmes doutes et aux mêmes interrogations.


BREAKING NEWS !

Je suis donc un être humain "normal"

J'essaye de tenir compte de cela quand je leur parle. Un patient diabétique faisant très attention à la seule chose qui prolongera durablement sa vie (et non, ce ne sont pas les médicaments, mais bien son alimentation et son hygiène de vie) va parfois perdre sa motivation, faire des "écarts" ou des excès.
Et heureusement !
La vie n'est pas une ligne droite. Elle est remplie de courbes. Le but à atteindre est fixé, mais les chemins pour y parvenir sont multiples et sinueux. Mais il faut garder en tête l'objectif.

"Tenter, sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile. Telle est ma quête, suivre l'étoile" (La quête, Jacques Brel) *Spéciale dédicace à l'un de mes associés

 Comprendre que le patient peut parfois être aussi perdu que je peux l'être, et jouer le rôle de miroir.
Les communicants appellent ça le renforcement positif. Montrer aux patients qu'il vaut mieux une somme de petites victoires au quotidien qu'une seule écrasante et éphémère conquête.

C'est passionnant cette partie du métier : la relation aux autres.
Et parfois, c'est usant et démotivant.
Un jour, on a l'impression d'avoir été utile et d'être envahi par un sentiment de fierté du (bon) travail accompli.
Parfois on a l'impression de tout faire de travers, même en y mettant tout son cœur.

Très rarement, je me dis que je devrais arrêter la "part soin" du métier. Faire des statistiques, de la pédagogie...
Très souvent, je me dis que la part soin est tellement enrichissante que pour rien au monde je ne l'abandonnerai.

A chercher l'équilibre, je tombe. Oui, finalement, les paroles de la chanson qu'écoute zébrette me correspondent. Je vais l'écouter encore un petit peu...
Ah ? Mais ? Pourquoi l'a-t-elle arrêtée en plein milieu ?
Quoi ? Jouer à un jeu de société avec elle ? Mais il y a cinq minutes elle voulait dessiner en écoutant de la musique !

Il faudrait qu'elle sache ce qu'elle veut de temps en temps, non ?

dimanche 26 janvier 2014

Quand on est con...

"Le temps ne fait rien à l'affaire. Quand on est con, on est con ! Qu'on ait 20 ans, qu'on soit grand père. Quand on est con, on est con !" (Quand on est con, Georges Brassens)

On le devient ou on l'est d'emblée ?
Il paraît qu'on est toujours le con de quelqu'un. Je veux bien le croire. Même si je trouve ça un peu con, justement.
J'espère ne pas être votre con, vous qui lisez ces lignes. En même temps, être con, c'est exister. C'est mieux que l'indifférence, non ?

Pourtant... Pas mal de messages circulent ça et là en ce moment, les anti "mariage pour tous", les anti IVG, les anti     (inscrivez ici ce que vous voulez)    ... qui stigmatisent une partie de la population et tentent le clivage des uns contre les autres.

"On danse, les uns contre les autres. On court, les uns après les autres. On se déteste, on se déchire, on se détruit, on se désire. Mais au bout du compte on se rend compte qu'on est toujours tout seul au monde" (Les uns contre les autres, Starmania)

Au final, la fameuse fraternité inscrite sur nos bâtiments publics, la tolérance qui devrait être la nôtre partout et en tout temps pour accepter l'autre dans sa différence... elles sont où ?
Sommes-nous condamnés à être de grands égoïstes vivant en société ?
Nos dirigeants politiques entretiennent-ils parfois cet égoïsme à des fins purement politiciennes ?

"L'essentiel à nous apprendre, c'est l'amour des livres qui fait qu'tu peux voyager d'ta chambre autour de l'humanité, c'est l'amour de ton prochain, même si c'est un beau salaud. La haine ça n'apporte rien, pis elle viendra bien assez tôt" (C'est quand qu'on va où ? , Renaud)

Oui, bon, on va encore me taxer de bisounourserie, mais franchement, si on y mettait juste un peu du nôtre, la vie serait tellement plus facile.
Suffirait juste de le vouloir. Un peu.
Parce que les enfants, eux, sont souvent plus tolérants que nous ne le sommes. Alors, on devient quand intolérant ?
Il y a un jour précis ? C'est comme les dates sur les yaourts, tu deviens non recommandable du jour au lendemain ? Ou, toujours comme les yaourts, même si tu dépasses un peu la date, on peut encore te côtoyer sans risque ?

"Nous avons été les bourreaux de Luther King, d’Atahualpa, Copernic et Galileo. Nous sommes les fils d’Attila. Pourquoi l’homme est-il donc un loup ? Cinq siècles et plus de barbarie... En aurons-nous un jour assez du sang des larmes et des cris ?" (Nous sommes ce que nous sommes, Dracula (avec Bruno Pelletier))

Quand devenons-nous vraiment nous-mêmes ?
Parce qu'à bien y réfléchir, je peux me souvenir du jour où j'ai décidé d'être médecin. Avant même de m'inscrire à l'université. J'avais décidé que je ferais ça comme métier. J'ai travaillé, j'ai eu mon concours, pas du premier coup, mais j'ai continué à travailler... Et j'ai passé toutes les autres années.
Mais quand suis-je devenu médecin ?

Quand j'ai vu mon premier patient ?
Quand j'ai pris en charge seul mon premier patient ?
Quand j'ai vu mon premier décès ?
Quand je me suis senti un peu responsable de mon premier ?
Quand je me suis installé ?
Quand j'ai eu un an d'installation ? Deux ?

Je suis l'heureux père de trois zèbres qui grandissent beaucoup trop vite à mon goût...
Mais je suis devenu père quand ?
Quand nous avons décidé d'avoir notre premier enfant ?
Quand nous venions tout juste de le faire ?
Quand la première zébrette est née ?
Au bout d'un mois ? Deux ?

Je pensais être politiquement de droite, parce que je crois viscéralement à la valeur du travail et qu'on n'a rien sans rien dans la vie. Travailler dur, peu importe le métier, mais être fier du travail accompli, comme autant de pièces d'un édifice que serait notre société. Enlevez une pièce, et l'édifice s'effondre.
Et je me rends compte à écouter les ténors de droite que je ne partage aucune autre idéologie.
Je suis donc devenu plus de gauche ? Mais quand ?
Quand j'ai été confronté à la détresse sociale de certains patients ?
Quand j'ai rejoint Twitter et que j'y ai lu les blogs humanistes et tolérants de beaucoup ?

Quand j'ai cessé de me regarder le nombril ?
Quand j'ai commencé à discuter avec un représentant politique ? Deux ?

J'essaye parfois d'arrondir les angles entre certains, dans la vraie vie ou sur les réseaux sociaux. De prôner un "aimez-vous les uns les autres" que mon enfance m'a appris.
Parfois ça marche. Parfois j'ai l'impression de faire pire que mieux.
Quand arrêterai-je ?
Quand ça ne marchera plus du tout ?
Quand on m'aura dit que je suis un vieux con à toujours vouloir arrondir les angles ?
Quand je me serai emporté en râlant devant l'immobilisme de certaines situations ?
Quand j'aurai "perdu" un ami ? Deux ?

"It's as if I'm scared. It's as if I'm terrified. It's as if I scared. It's as if I'm playing with fire. Scared. It's as if I'm terrified. Are you scared? Are we playing with fire?" (Relax, Mika)
(C'est comme si j'avais peur. Comme si j'étais terrifié. Comme si j'avais peur. Comme si je jouais avec le feu. Peur. Comme si j'étais terrifié. As-tu peur ? Jouons-nous avec le feu ?)

Quand on prend une décision, comment sait-on qu'on prend la bonne ?
Quand on décide de choses qui paraissent insignifiantes et ont d'immenses répercussions ensuite, le sait-on ?
Si on ne le sait pas tout de suite, on le sait quand ? Quand il est trop tard ? Quand on en récolte les fruits ? Les fruits mûrs ? Les fruits pourris ?
Parce que l'enfer est pavé de bonnes intentions, que le pouvoir pervertit en général ?
Comment être sûr de soi sans être aveuglé ?
Quand on se trompe une fois ? Deux ?


Faut vraiment que j'arrête de me poser autant de questions..

Quand on se pose beaucoup (trop) de questions, on passe pour un con ?

samedi 4 janvier 2014

Ordinairement anormal

"Miguel, Farid, Marcel, David, Keïko, Solal, Antonio, Pascual. Tout le monde il est beau, Tout le monde il est beau" (Tout le monde il est beau, Zazie)

Matthiace
Remy (sans accent)
Djezon (prononcez comme Jason)

Parfois, je me demande ce qui pousse certains parents à vouloir coûte que coûte offrir un prénom à leur enfant avec une orthographe originale (pour ne pas dire farfelue).

Bon, d'accord, je suis peut être mal placé pour dire ça. Mon prénom s'écrit avec deux t.
Tout simplement parce que sur le calendrier, Saint Matthieu s'écrit avec deux t (oui oui, mes parents ont vérifié avant de me donner ce prénom).
Du coup, j'insiste pour avoir mes deux t quand on écrit mon prénom.

"Avec un h ?"
Ben, oui, aussi... pourquoi, ça s'écrit sans ??

Bref, j'ai trop souvent l'impression qu'on veut rendre un enfant extraordinaire en lui donnant un nom ordinaire avec une orthographe improbable hors du commun.

"Etre à la hauteur, de ce qu'on vous demande, ce que les autres attendent. Et surmonter sa peur d'être à la hauteur du commun des mortels. Pour chaque jour répondre a l'appel et avoir à coeur d'être à la hauteur" (Etre à la hauteur, Le Roi Soleil)

J'imagine la pression sur les pauvres enfants.
"Nan mais, toi, t'es pas juste Matthias. T'es Matthiace. Tu es promis à un grand destin"

Mais oui, quand on est gamins, on veut tous être des super héros. Moi je rêvais d'être Superman, voler, avoir des rayons laser qui me sortent des yeux...
Puis j'ai compris que le slip rouge moulant n'était pas seyant grandi.

En grandissant, on se rend compte qu'on est ordinaires. Dans le bon sens du terme.
Mais comment faire si on a reçu une pression de performance "Tu es promis à un grand destin" et qu'on se rend compte trop tard qu'on est juste un être humain ?

"Cause were only human, oh yes we are, only human. If its our only excuse, do you think well keep on being only human? Oh yes we are, only human, so far, so far" (Only human, Jason Mraz)
(Parce que nous ne sommes qu'humains, oh oui, juste humains. Si c'est notre seule excuse, pensez-vous qu'on continuera à n'être que juste humains ? Oh oui, nous sommes juste humains, jusqu'à présent)

Donc si nous ne sommes qu'humains, nous appartenons normalement tous à la même tribu.
Et comme nous avons tous besoin d'être rassurés, de se dire qu'on va bien, peut-être même de se sentir vivants, on va chercher à être normaux.
Mais la normalité, c'est quoi ?
C'est être pareil que 95% des gens comme on le dit souvent en statistique ? Mais les 5 autres pourcents, ils sont quoi ? Anormaux alors ?

J'ai les yeux bleu-vert-gris (ouais, un mélange de couleur, c'est pas normal ça).
J'ai la peau blanche.
Donc, dans le nord de la France, je suis normal. Ouf !
Et si je vais en Afrique équatoriale, les humains ont la peau noire, et les yeux marrons. Donc, je serai anormal en Afrique ?
Donc, on peut être différents et rester normaux ?


Tout comme les patients qui viennent me voir en consultation pour me dire que "c'est pas normal d'être tout le temps fatigué en hiver" ou que "c'est pas normal que notre petit bonhomme d'un an tousse toute la nuit".
Il faut alors expliquer que, si, c'est normal.
C'est pas marrant, c'est pas sympa si ça arrive en vacances, le soir du réveillon, le jour du baptême ou le jour du mariage, mais bon... c'est normal, nous sommes humains.

Il y a trop souvent cette confusion entre la normalité et l'ordinaire de la vie d'un humain. Ordinairement, en hiver, les humains sont plus souvent malades : grippe, gastro-entérite...
Zut, j'aurais bien aimé être extraordinaire de ce point de vue là !
Mais du coup, extraordinaire et anormal ?

Déjà que je fais de la musique sans jamais avoir mis les pieds dans une école de musique, que je ne suis absolument pas passionné par les bagnoles qui roulent vite, et qu'en plus j'ai horreur de bricoler, mais adore cuisiner, ça m'en fait des raisons de ne pas être un homme normal.

"But I won't cry for yesterday, there's an ordinary world somehow I have to find. And as I try to make my way to the ordinary world I will learn to survive" (Ordinairy world, Duran Duran)
(Mais je ne pleurerai pas pour hier, il y a un monde ordinaire que je dois trouver d'une façon ou d'une autre. Et plus j'essaierai de tracer mon chemin vers ce monde ordinaire, plus j'apprendrai à survivre)

Voilà. C'est dit.
Avancer en étant normal. Ou anormal.
Ordinaire ou Extraordinaire.

Mais être soi. Sans oublier qu'on est humain, qu'on a besoin de manger, dormir, respirer, aller aux toilettes, bouger, rire... tout en continuant à faire des choses pas forcément normales juste parce que tout le monde ne les fait pas. Mais ils font d'autres choses et on se complète plutôt pas mal à partir du moment où on respecte l'anormalité de l'autre.
Un humain ordinairement anormal.

Dommage, je suis sûr que ça doit être trop cool d'avoir des rayons laser qui sortent des yeux. Même avec un slip rouge moulant.

mercredi 18 décembre 2013

Love me, please, love me... #OuPas

"Everybody's gonna love today, love today, love today. Everybody's gonna love today. Anyway you want to, anyway you've got to, love love me, love love me" (Love today, Mika)
(Tout le monde va devoir aimer aujourd'hui, aimer aujourd'hui, aimer aujourd'hui. Tout le monde va devoir aimer aujourd'hui. De la manière que vous voudrez, de toute façon vous devrez m'aimer, m'aimer, m'aimer)

Il y a eu sur Twitter quelques débats passionnés sur ce que devrait être l'enseignement de la médecine.
Je ne parle pas seulement de la médecine générale, mais de la Médecine à l'Université, avec un grand "M" et un grand "U".
Débats passionnés, chacun ayant des positions bien tranchées, persuadés, moi le premier sans doute, de détenir une part de vérité, sinon "LA" vérité.

Nous ne nous comprenons pas visiblement.
Je suis partisan d'un enseignement de la Médecine sous tous ses aspects dès le "plus jeune âge". Comprenez : il faut un enseignement riche et varié aux étudiants avant qu'ils ne choisissent leur spécialité. Dans cet enseignement il faut de la médecine générale bien sûr, mais pas que cela. Il faut toutes les spécialités, sans exception.

Car les patients que nous soignons tous (tous les médecins peu importe leur spécialité) proviennent d'un même endroit : leur vie. Certains patients auront des pathologies relevant des spécialistes dits "d'organe", d'autres relevant des spécialistes en médecine générale, d'autres relevant des deux. Il y aura même des patients sans pathologie.
L'objectif de cet enseignement avant le choix de cette spécialité n'est PAS de faire aimer une spécialité plus qu'une autre, mais bien de faire connaître toutes les spécialités pour les approfondir une fois le choix fait en fin de 6ème année.

Comment faire pour en parler sans s'enflammer ? Comment réussir à trouver une position commune ? Allez, je me risque avec un petit parallèle.

"Et je voudrais pouvoir un jour enfin te le dire, te l' écrire dans la langue de Shakespeare" (Formidable, Charles Aznavour)

D'abord apprendre l'anglais pour ensuite le maîtriser.
Mais apprendre l'anglais, c'est quoi ?
Apprendre à parler l'anglais ou le lire ? Apprendre l'anglais courant, l'anglais des rues, ou l'anglais littéraire ?

Vous trouverez ceux qui vous diront qu'on n'apprend l'anglais qu'en lisant Shakespeare, en en comprenant les subtilités du langage et l'utilisation du vocabulaire. Que toute autre forme d'apprentissage de l'anglais ne serait, au mieux que pure bêtise, au pire, que perte de temps.
(Mais apprenez l'anglais Shakespearien et partez en pays anglophone. Je doute que cela vous serve à commander votre plat au restaurant, ou à avoir une conversation avec un autochtone)

Vous trouverez ceux qui vous diront qu'on n'apprend vraiment l'anglais qu'en apprenant l'anglais courant, ses expressions, son vocabulaire particulier, parfois familier, et ses tournures de phrases qui ne sont utilisées qu'à l'oral.
(Mais apprenez cet anglais et vous ne pourrez pas prendre plaisir à lire Shakespeare ou tout autre œuvre de la littérature anglaise)

Vous trouverez ceux qui vous diront que de toute façon, l'anglais Shakespearien est la base. Que tout n'est ensuite que déclinaison, contraction de phrases et adaptation à la langue parlée. Qu'il faut se concentrer sur cet apprentissage plus noble, parce qu'il vaut plus que l'anglais courant.
Ajoutez ceux qui vous diront qu'il faut absolument apprendre cette base, ne serait-ce que pour pouvoir parler et se faire comprendre lorsqu'on s'adresse à des Shakespeariens pur souche.
(Je n'aime pas cette façon de penser : elle met une hiérarchie là où on parle d'une seule et même chose : l'anglais. Et puis, apprendre le Shakespearien juste pour avoir l'air moins bête en société, c'est se tromper de raison et de motivation d'apprendre le Shakespearien).

Vous trouverez ceux qui vous diront que l'anglais Shakespearien, ce n'est pas la vraie vie. Que ce n'est qu'une infime partie de l'anglais. Certes elle est intéressante, certes on peut s'en servir parfois, mais l'anglais courant fait partie d'un monde complètement différent.
(Je n'aime pas cette façon de penser non plus, car elle est aussi extrémiste que la précédente, en dénigrant les Shakespeariens).

Et vous trouverez ceux, dont je fais volontiers partie qui disent autre chose. Qu'il faut apprendre l'anglais courant, en partie. Qu'il faut apprendre l'anglais Shakespearien, en partie. Et qu'arrivé à un certain niveau d'apprentissage, laisser le choix à celui qui veut apprendre : poursuivre et approfondir l'anglais courant ou l'anglais Shakespearien. Un choix en toute connaissance de cause. Un choix volontaire.
Le Shakespearien diplômé n'oubliant jamais totalement l'anglais courant, et le diplômé en anglais courant ayant des notions de Shakespearien.

Tous au service de la même chose : l'anglais.
Tous dans le même but : parler, interagir avec les autres. Améliorer les échanges.

"Et Alors ? Mais qu'est-ce que ça te fait, si je n'aime pas les protocoles, les idées fixes, les copier coller." (Et Alors, Shy'm)

Shy'm en fin d'un post sérieux ? Vraiment ??
La vraie musique c'est la musique classique, ou les grands compositeurs. Le reste n'est qu'une déclinaison, au mieux maladroite, au pire grotesque de cette musique noble.
A moins qu'on ne me laisse la possibilité d'aimer les deux, et de m'enrichir de la connaissance de toute la Musique ?

vendredi 13 décembre 2013

Décrocher des souvenirs du mur

"Où s'en vont ? Où s'en vont ? Tous ces potes qu'on aime, nos certaines affections ? Qu'on est longs, qu'on est longs, à dire les "je t'aime" qu'on pense quand ils s'en vont" (Où s'en vont, Michel Fugain)

J'ai vu une patiente à domicile aujourd'hui.
Rien d'extraordinaire à cela.
Hormis qu'elle a 94 ans, vit seule, n'a pas d'enfants, est bien entourée par ses voisins, ce qui n'est pas si fréquent.
Depuis maintenant près de 2 ans, à chaque visite, elle me dit un "au revoir" qui sonne comme un adieu. Elle ajoute "De toute façon, je vais bientôt mourir".
Heureusement qu'elle ne s'est pas installée comme voyante, elle n'aurait pas fait de bonnes prédictions, lui ai-je déjà dit.
Mais il y aura bien un jour où, c'est inévitable, elle aura raison, et où son adieu aura été le bon.

Sur ses murs, quelques souvenirs sont accrochés.
Avec elle, vit un chat auquel elle est très attachée. A ce point attachée qu'elle a tout prévu : la convention avec le vétérinaire pour l'euthanasie le jour où elle-même partira. Elle ne veut pas que son chat souffre à cause d'elle et de sa disparition. Dès qu'elle en parle, sa voix devient tremblotante et des larmes se mettent rapidement à couler.

Mais le jour où elle aura raison. Je n'aimerais pas être la personne qui devra s'en charger.
Le jour où elle aura raison, qui décrochera toutes ses décorations ? Pour en faire quoi ?
Les souvenirs de toute une vie partiront où ? Les murs seront-ils les seuls à se souvenir du passage de cette patiente ici-bas ?

"Sois tranquille, tout va bien. Sois tranquille, je suis serein. Je repose en paix où je vais. Sois tranquille, tout va bien" (Sois tranquille, Emmanuel Moire)

Pour être tranquille, il faut avoir existé pour quelqu'un.
Il faut créer du souvenir.
Parfois, le cours des évènements crée lui-même le souvenir. Quand nous perdons un proche à une date précise, marquante, par exemple.
Ma grand-mère maternelle est morte un 17 décembre.
Une semaine tout juste avant le réveillon de Noël.
Autant dire que les fêtes de Noël entrainent avec elles le souvenir de cette date et ce qui s'y est passé.

Nous avons décroché des souvenirs des murs. Nous avons retiré les cadres.
Nous avons réparti quelques souvenirs chez les uns ou les autres, et ils nous permettent de penser matériellement à elle. Je préfère le souvenir, les images... les instantanés que je prends parfois
Nous avons eu des éclats de rire. Ma mère notamment, en débarrassant la cuisine et en retrouvant des poêles avec un fond de graisse que ma grand-mère gardait parce que "c'est bon la graisse cuite". Des éclats de rire avant les fêtes, au beau milieu d'un deuil.

J'aimerais bien laisser des éclats de rire aussi après mon départ. Des souvenirs.
Bon pas forcément au moment des fêtes, pour que la magie de Noël fonctionne toujours, comme dans les yeux de mes zèbres.
Mais rire.
Se souvenir.
Etre tranquille

"Sois tranquille, tout va bien. Sois tranquille, je suis serein. Je repose en paix où je vais. Sois tranquille, ce n´est rien. Sois tranquille, j´en ai besoin. Et n´oublie pas, n´oublie pas, je suis la..." (Sois tranquille, Emmanuel Moire)

Pour cela il faut rester ouvert aux autres. Vivre d'amour et d'amitié. Même quand ça ne va pas fort, garder le sourire et l'offrir aux autres. Donner toujours l'impression que ça va, parce qu'il vaut mieux rire que pleurer.
Pour laisser un souvenir.

Au cas où. Au cas où ça continuerait après.

"C'est pas vrai que ça s'arrête, ça serait trop con" (Où s'en vont, Michel Fugain)

jeudi 12 décembre 2013

La valse des étiquettes

"Qui c'est qui est très gentils (les gentils). Qui c'est qui est très méchants (les méchants)" (Les gentils, les méchants,  Michel Fugain)

C'est facile. Rassurant, même.
On catégorise, chaque chose bien rangée dans sa petite case. Et on y met une belle étiquette.

En principe, une étiquette, une fois collée, on ne la change plus. Sauf si, comme moi étant enfant, vous trouvez beaucoup plus simple de décoller les étiquettes du Rubik's cube pour regrouper les couleurs plus facilement.

Donc, on met une étiquette. Fin de l'histoire.
Et sur les êtres humains ? On en met aussi ?
J'ai l'impression qu'on fait exactement pareil que pour les choses. Une étiquette. "Lui est gentil", "lui, pas la peine d'essayer, c'est un méchant".

Mais il y a souvent, trop souvent même, une valse des étiquettes.
Cinq étés de suite, j'ai travaillé dans les réserves d'un supermaché. La vie, la vraie paraît-il. J'ai réceptionné les livres pour la rentrée des classes, les cahiers, les classeurs... A l'époque on collait encore beaucoup d'étiquettes sur les produits à vendre.
Quand le prix changeait, on collait une étiquette par-dessus la précédente.
Vous avez déjà essayé de décoller une étiquette collée sur une autre ? Pas évident. Et en plus, bien souvent, quand vous y arrivez, tout ce qui était écrit en dessous s'est plus ou moins effacé.

Sur les êtres humains, on vous colle à la naissance une étiquette de gentil. A la naissance.

"L'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt" (Rousseau)

On a vite fait de solder cette gentillesse. On y colle une étiquette moins gratifiante. Peu importe ce qui était écrit en dessous, on va surtout retenir la nouvelle mention.
Les femmes et hommes politiques en savent quelque chose. Un mauvais coup de communication et tous les efforts précédents sont balayés d'un trait. Nouvelle étiquette. Et même si on réussit à la décoller, le mal est fait.

"Yes, I said it's fine before. I don't think so no more, I said it's fine before. I've changed my mind, I take it back. Erase and rewind, 'cause I've been changing my mind" (Erase/Rewind, The Cardigans)
(Oui, j'ai dit auparavant que c'était bien. Mais je ne le pense plus, j'ai dit auparavant que c'était bien. J'ai changé d'avis, je retire ce que j'ai dit. Efface et rembobine, parce que j'ai changé d'avis)

Rembobiner, effacer. Réécrire. Récupérer l'étiquette originale. Originelle.

Est-ce qu'on arrive à le faire quand on le veut, même un peu seulement ?
Dans beaucoup d'endroits, même professionnels, on m'a souvent présenté des interlocuteurs en me disant à couvert de m'en méfier.
En bon petit soldat, je m'en suis méfié.
J'ai collé une étiquette sur l'étiquette originelle. J'aime pourtant en général me faire une opinion moi-même, mais quand on vous dit de vous méfier, à moins d'être particulièrement masochiste, vous vous méfiez.

"And so I wake in the morning, and I step outside. And I take a deep breath and I get real high and I scream at the top of my lungs : what's going on ?" (What's up, 4 Non Blondes)
(Et je me réveille le matin, je mets un pied dehors. Je prends une inspiration profonde et je m'élève et crie à pleins poumons : mais qu'est-ce qui se passe ?)

Avec certains patients aussi, on peut coller une étiquette. "Ne veut rien écouter de ce qu'on lui dit" ou "Ne suit aucun conseil".
Mais sous son étiquette, il était écrit quoi ? Est-ce qu'on lui a demandé s'il ne suivait aucun conseil parce qu'il a eu un évènement de vie qui lui fait dire que suivre un régime à côté de perdre un enfant, c'est à ce point dérisoire qu'il s'en fout ?

Avec certaines relations professionnelles, c'est pareil, on peut coller une étiquette. Mais il est écrit quoi sur l'étiquette de ceux qui vont en ont fait coller une ?
"Méfie-toi de lui" venant de quelqu'un qui n'est pas forcément le plus "gentil" ou le plus "irréprochable", ça fait quoi ? ça s'annule ?

"Does that make me crazy? Does that make me crazy? Does that make me crazy? Possibly" (Crazy, Gnarls Barkley)
(Est-ce que ça me rend fou ? Peut-être)

Je préfère me faire mon idée.
Je vais coller des étiquettes. Mais des blanches. Des étiquettes un peu plastifiées. Comme ça j'écrirai avec un feutre effaçable, et je pourrai réécrire comme bon me semble. En bien comme en mal. Car tout le monde change. Personne n'est immuable.
Tant qu'on communique, on peut toujours finir par trouver un terrain d'entente. Il faut juste revenir à l'étiquette originelle. Ou essayer d'y parvenir. Se parler. Un truc tout simple. Se faire sa propre idée.

A moins que ce ne soit un syndrome de Stockholm ? A force d'être entouré par de vilains agresseurs je finis par m'y attacher ? Je n'ai pas l'impression.
Quand l'étiquette collée n'est pas la bonne, les torts sont sans doute partagés par celui qui la porte et celui qui l'a collée.
Ce n'est pas une raison pour ne pas essayer, encore et toujours, de retrouver une plus belle étiquette.

Au pire, Stockholm... ce serait pas la ville qui a vu naître un super groupe disco ? Pas besoin d'étiquette, je sais que ça me plaît les yeux fermés.

samedi 2 novembre 2013

Qui ne nie pas comprend

"A l'école quand j'étais petit, je n'avais pas beaucoup d'ami, j'aurais voulu m'appeler Dupont, avoir les yeux un peu plus clair. Je rêvais d'être un enfant blond. J'en voulais un peu à mon père." (Le Rital, Claude Barzotti)

Attention, scoop : je n'ai pas 100% de mes gènes français.
Mon père est né en Italie. Mais, tout un Corse vous répondrait "Je suis Français, mais Corse avant tout", mon père est né en Sicile. Italien mais sicilien avant tout.
Une petite ville. Sommatino. J'aimerais bien y retourner un jour.

Mais racines y sont en partie, j'en ai déjà parlé. Une autre partie est ici, bien française. Mais j'ai donc un pied en France, l'autre en Sicile, et le cœur un peu partout.

Alors, non, quand j'étais à l'école, ça allait, j'avais des amis. On avait un peu passé l'époque des "ritals" dénigrés lors de l'immigration des années 50.
Et puis, il y avait une autre immigration quasi concomitante : les Polonais (les "polaks"), les Espagnols, les Portugais... finalement, il y avait un mélange de plein d'origines et étant enfant, on s'en fichait royalement.
Enfin, non, on s'en amusait surtout.
C'est peut être ça qui fait que je suis à l'aise dans mon métier, là où j'exerce, dans la mesure où ne nombreuses nationalités différentes poussent la porte de mon cabinet. Chacun a ses croyances et ses représentations.
Il m'arrive de temps en temps de prendre quelques minutes pour en discuter avec mes patients. Comprendre les croyances de l'autre me permet de mieux les respecter et, j'en suis convaincu, mieux le soigner au final.
Je pense sincèrement que l'on peut faire coexister de nombreuses idées différentes sans avoir à faire "d'effort".
Je ne cherche pas à leur imposer mes croyances. Je suis catholique, et quand je parle avec un patient musulman et qu'il m'explique les fondements de sa religion, je trouve cela passionnant. Je comprends ses rituels, je lui explique les miens. On trouve même des points communs.

"Les mains serrées, ça c'est facile. Fermer les yeux, j'aime plutôt ça. Genoux pliés, pas impossible. Se taire un peu, "Mmm" pourquoi pas.Mais ma prière, elle est qu'à moi, j'y mets tout ce que j'aime, ce que j'espère, tout ce que je crois" (Prière païenne, Céline Dion)

Alors, je veux qu'il n'y ait plus de guerre dans le monde.
Et plus de gens malheureux. Et plus de pauvres non plus.
Et que tout le monde s'aime.

Voilà, je peux peut-être, avec des phrases comme celles-là, postuler pour Miss France, non ?

Si j'avais une prière à faire, après celle que je fais pour veiller sur ceux qui me sont chers, ce serait que tout le monde vive en harmonie. Bon, avec certaines valeurs quand même, bien sûr. Je crois dur comme fer à la valeur du travail, quel qu'il soit. Tous les travaux, tous les métiers sont utiles et doivent permettre de s'accomplir. Il faut travailler dur.

"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez : Ajoutez quelques fois et souvent effacez" (Nicolas Boileau dans l'art poétique)

Oui, ne pas se contenter de la médiocrité, comme me l'avait dit un professeur de première. J'en avais parlé ici.
Mais travailler tous ensemble dans le même but : le vivre ensemble en société.
Dans mon métier, je dois faire l'effort, sans que cela soit péjoratif, d'écouter le patient.
Ne pas nier ce qu'il m'apporte.

Par exemple, quand il me dit qu'il a mal quelque part mais que tous les examens sont normaux, cela ne veut pas dire qu'il n'a rien.
Il a mal.
Si je lui réponds qu'il n'a rien, le patient comprendra, à juste titre, que ce qu'il me dit n'est pas vrai. Qu'il n'a pas mal en fait.
Il pourra donc être tenté d'essayer toute une multitude de médecines parallèles. Mais pas les médecines éprouvées comme la médecine orientale ou la médecine chinoise par exemple. Non il risque de se tourner vers les charlatans qui en profiteront pour lui soutirer quelques beaucoup d'euros.

Alors que, si je lui dis que tous les examens sont normaux, que je n'ai pas d'explication à sa douleur, mais que je la comprends et vais tenter de trouver un moyen de la soulager un peu, à défaut de pouvoir agir sur un problème identifié, je lui montre que je ne nie pas ce qu'il vit au quotidien et est le seul à pouvoir m'expliquer.
La douleur est subjective. Ma douleur à moi sera différente de la vôtre, même si nous souffrions de la même pathologie.
Là où je n'autoriserais personne à expliquer mieux que moi ce que je ressens, comment oserais-je expliquer au patient que ce qu'il me décrit n'existe pas ?

"Peurs contre peurs, nous sommes d'ici, elle est d'ailleurs. Peurs contre peurs, un jour elle est partie. Nous sommes restés, nos peurs aussi.
Qu'est-ce qu'on aurait dû ? Qu'est-ce qu'on aurait pu ? Personne n'y peut rien, chacun son destin. Ici, c'est comme ça, c'est chacun pour soi, on demande rien.
Qu'est-ce que vous croyez, c'est partout pareil, nos yeux, nos oreilles, vaut mieux les fermer.
Ici, tout est dur, on aime les serrures, pas les étrangers" (Peurs, Frédéricks, Goldman, Jones)


J'entends parfois le discours de certains partis. L'une des ses dirigeantes est extrêmement adroite. Elle joue sur les peurs. La peur des étrangers, l'insécurité...
Ce sont des craintes ressenties par certains français actuellement.
La réponse de nos pouvoirs publics est de répondre qu'il n'y a pas d'insécurité, qu'il n'y a pas de problèmes et que les électeurs de ces partis sont tous xénophobes.

Je n'arrive pas à y croire.
Un quart de la population ? Vraiment ?
Ou s'agit-il seulement d'une réaction "réflexe".
Quand les français expriment leurs peurs, leur douleur, on leur répond que ce n'est pas vrai. Qu'ils ne doivent pas avoir peur.
On cherche donc à dire à leur place ce qu'ils ressentent.
Comme nos patients dont on nie la douleur.

Les français réagissent comme nos patients. On leur dit qu'ils n'ont pas de raison de ressentir ce qu'ils ressentent. Ils se reportent alors sur des partis parallèles qui leur donnent l'impression d'être écoutés et entendus.

Cette situation me fait peur. Ma peur à moi, c'est de ne plus reconnaître un jour le pays qui a accepté ce petit garçon de 3 ans à la fin des années 50, qui arrivait de sa Sicile natale. Il a débarqué dans le nord et a eu froid (tu m'étonnes...).
Mais il a travaillé, travaillé dur. Il a respecté les règles qu'elles soient administratives pour l'immigration, ou autre. Il est devenu français de nationalité à sa majorité.

Et aujourd'hui, je suis donc moitié français, moitié français. Génétiquement, moitié français, moitié sicilien. Avec des petits bouts d'Etna dans le caractère... on ne va pas renier ses racines non plus...

J'aimerais que les pouvoirs publiques essaient d'écouter et de comprendre ses concitoyens plutôt que de jouer les moralisateurs à outrance. Juste histoire d'éviter que les résultats des prochaines élections ne soient fidèles aux sondages d'aujourd'hui.

"Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt, sur les ruines d'un champ de bataille. Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, si j'avais été allemand ? Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps d'avoir à choisir un camp" (Né en 17 à Leidenstadt, Jean-Jacques Goldman)

Oui. Comme quand j'étais enfant. Ne pas nier nos différences, mais plutôt en rire. Nous sommes riches de nos différences. Nous nous complétons tous, pour peu que l'on veuille bien y mettre chacun du nôtre.

mercredi 23 octobre 2013

Et moi, et moi, et moi

"Cinquante millions de gens imparfaits. Et moi, et moi, et moi" (Et moi, et moi, et moi, Jacques Dutronc)

Qu'est-ce qu'un égoïste ?
Pour certains ce serait la définition suivante :

"Egoïste. adj. Se dit de quelqu'un qui ne pense pas à moi"

Etre médecin généraliste, c'est penser aux autres, toujours, tout le temps.
Pas besoin de médaille non plus. C'est un métier que (j'espère) on choisit de faire.
Il faut faire preuve d'un minimum d'empathie (comprendre la souffrance de l'autre) sans sombrer dans la compassion (souffrir avec l'autre).

Alors, nous, les médecins généralistes, devons développer des tonnes d'empathie pour réussir à comprendre ce que nos patients ressentent pour tenter d'apporter une réponse à leurs attentes, qu'elles soient purement biomédicales ou plus psychologiques ou sociales.

C'est épuisant.
Quand j'arrive à 30 consultations par jour, mon "capital empathie" en prend un coup.
A tel point que rentré à la maison, j'ai du mal à être pleinement empathique avec mes zèbres ou ma femme parfois et je dois puiser dans mes réserves pour ne pas les décevoir alors qu'ils sont juste heureux de me voir rentrer et ont pas mal de choses à me raconter sur leur journée.

J'aimerais être un réservoir inépuisable à empathie. Pour tout le monde. Tout le temps.

"It's not that I didn't care, it's that I didn't know. It's not what I didn't feel, it's what I didn't show. So let me be, and I'll set you free" (Misery, Maroon 5)
(Ce n'est pas que je ne m'en souciais pas, c'est que je ne le savais pas. Ce n'est pas que je n'ai rien ressenti, mais que je n'ai rien montré. Alors laisse-moi vivre, et je te laisserai tranquille)

Je ne sais pas expliquer pourquoi.
En dehors du travail, je passe souvent pour un homme qui sait ce qu'il veut, sûr de lui, parfois autoritaire même.
Je ne vois pas trop ce que je fais pour ça.
Il y a bien deux ou trois choses, bien sûr. Une forme d'hyperactivité sans doute, avec une exigence envers moi-même quasi maladive. J'ai du mal à m'autoriser les échecs, et j'enrage de ne pas réussir à faire quelque chose parfaitement dès le premier essai.
Je m'impose plein de contraintes et quand je réussis, je me dis que finalement, si j'ai réussi c'est que ce n'était pas si difficile, et fallait pas en faire toute une histoire.

Du coup, je pense être bourré de points faibles. Et pour quelqu'un qui paraît rempli de confiance en soi, j'en ai finalement assez peu.
Je mets un masque. Parfois un peu comme DocAdrénaline ici .
Ou plutôt qu'un masque, je préfère parler d'une armure.
Une armure, ça protège, en plus de masquer.

L'empathie et la compassion ont une frontière parfois floue. Parfois je passe de l'un à l'autre avec les patients, sans leur montrer, mais je suis touché par un décès, une maladie.

Parfois, je mélange tellement empathie et compassion avec mes proches que je me réfugie encore plus derrière mon armure pour pouvoir supporter le choc.
Un exemple récent, ma zébrette s'est ouvert la lèvre le week-end dernier. En pleine soirée de mariage.
Et là, le père que j'étais était inquiet devant cette plaie du visage, le médecin que j'étais inquiet sur la façon de réparer cela, et surtout où.
Pendant qu'on me bombardait de questions "Et tu vas faire quoi ? Et tu vas aller où ?"
Et j'ai juste envoyé tout le monde promener.

Comme si j'avais la capacité de prendre du recul tout le temps, d'être insensible et de savoir gérer avec sang froid toutes les situations.

"If half of what you said is true, and half of what I didn't do could be different, would it make it better ?" (My interpretation, Mika)
(Si la moitié de ce que tu dis est vrai, et la moitié de ce que je n'ai pas fait pouvait être différente, est-ce que ce serait mieux ?)

Quelqu'un de mon entourage m'avait, en plus, reproché l'après-midi même mon manque d'empathie, parce que je n'avais pas pris de nouvelles de sa fille suite à son opération.
Fille dont je ne suis pas le médecin.
Fille que j'ai dû croiser en tout et pour tout trois fois dans ma vie.
Et je ne côtoie la mère de cette fille que par le biais d'une activité que nous avons en commun.
Alors, aurais-je dû être plus empathique ?

Bon, je suis un mec après tout. Déjà que les prénoms parfois j'ai dû mal, alors si en plus, il faut se souvenir des opérations des enfants des personnes que je croise de temps à autre...
On va prendre le prétexte de la testostérone.

Ou pas.

Parce que j'essaye de comprendre ce qui a pu pousser cette personne à me faire ce reproche.
Des soucis personnels qui font que je puisse servir d’exutoire à son stress ? Bon, si tel est le cas, tant mieux, j'ai servi à quelque chose.
Mais si ce n'était pas cela ?
Dans la tête de ceux qui gravitent autour de nous, médecins, en dehors de notre vie professionnelle, que se passe-t-il ?
Pensent-ils que nous ne sommes l'empathie permanente réincarnée ? Qu'à chaque évènement de la vie de l'autre, nous allons mémoriser tous les détails, et montrer que nous comprenons la souffrance de l'autre ?
Aimeraient-ils que nous franchissions la limite entre empathie et compassion, alors que nous ne sommes pas particulièrement proches en amitié ?

"I don't steal and I don't lie, but I can feel, and I can cry, a fact I bet you never knew. But to cry in front of you that's the worst thing I could do" (There are worst things I could do, Grease)
(Je ne vole pas et ne mens pas, mais je ressens, et peux pleurer, chose dont je parie que tu ignorais. Mais pleurer devant toi serait la pire des choses que je pourrais faire)

Pour me préserver, je vais encore endosser mon armure.
La même qui me fait toujours avoir le sourire, même si au fond de moi, c'est pas la grande forme.
Celle que j'ai endossée après avoir pleuré dans ma voiture un soir de janvier 2001 après la naissance de mon zèbre quand ma femme était en réanimation.
Celle que j'endosse quand j'ai besoin de me défouler en allant courir un peu, après une journée difficile.
Celle que j'endosse encore à 3h du matin quand j'emmène ma zébrette pour réparer sa lèvre en me disant que vraiment, j'ai pas assuré en envoyant tout le monde promener.
Celle que j'endosserai encore et encore, parce que je sais que je ne sais pas faire autrement, parce que si je ne me protège pas, qui le fera ?

Mais si une armure protège des coups mortels, elle ne protège que partiellement des blessures...

samedi 5 octobre 2013

Finalité

"I can get no satisfaction" (Satisfaction, The Rolling Stones) 
(Je n'obtiens pas de satisfaction)

Un samedi de réunion.
A Paris.
Un samedi que je ne passe pas en consultation, ni chez moi l'après-midi d'ailleurs...
Encore, je n'ai pas à me plaindre, Paris n'est qu'à une heure de train de Lille, je suis plutôt privilégié par rapport à certains autres présents aujourd'hui.



Un mercredi soir de réunion à la faculté.
A Lille.
Pas loin de chez moi, mais une soirée de plus que je ne passerai pas chez moi.
Ma femme accepte de me voir parti parce qu'elle sait que je suis quelqu'un de passionné et que je ne saurais pas faire autrement. Accepter ne veut pas forcément dire approuver. Je le sais, et je comprends parfaitement.



Un jeudi après-midi. Réunion au ministère de la santé.
A Paris.
Ca tombe bien, le jeudi après-midi est mon après-midi de repos. Habituellement l'après-midi commence à la fin de mes consultations... vers 14h... et c'est le jour où je peux aller chercher les enfants à la sortie de l'école.
Là, j'y vais sans rechigner, je suis motivé, passionné, je défends une cause que je crois et espère noble.



Un congrès d'enseignants.
Dans une ville de France plus ou moins éloignée.
J'aime bien l'ambiance des congrès.
Mais mes zèbres et ma femme ne sont pas là. On s'appelle tout le temps. Et on remercie la technologie et son FaceTime compatible avec nos terminaux.
Mes zèbres seront là, je les verrai. Ma plus grande zébrette sera calme et souriante, comme toujours.
Mon zèbre et la plus jeune zébrette se lanceront implicitement un concours de celui qui fera le plus de grimace devant la caméra.
Et je dois dire que les départager est assez difficile, tellement ils y mettent du coeur.
En général, on se rappellera plus tard Mme Calaf' et moi, plus tranquillement, pour parler quelques minutes, se souhaiter bonne nuit.

"I won't let you down. I will not give you up. Gotta have some faith in the sound. It's the one good thing that I've got" (Freedom, George Michael)
(Je ne t'abandonnerai pas, je ne te délaisserai pas. Aies confiance en ma musique, c'est le seul talent que j'aie)

Je n'aime pas être loin d'eux.
J'aime bien l'ambiance des congrès.
Je n'aime pas être loin d'eux longtemps.
Les voyages forment la jeunesse et de mon point de vue ils brisent un peu la routine.
Mais du coup je suis loin de ma tribu régulièrement.
Je choisis donc volontairement de me compliquer la vie ?



"Je t'emmène faire le tour de ma drôle de vie, j'ai des idées dans la tête et je fais ce que j'ai envie" (Chanson sur ma drôle de vie, Véronique Sanson)

Oui, une bien drôle de vie.
Des idées et pas assez de temps pour les concrétiser.
Du coup, je m'en veux un peu.
Je me dis que tous ces moments où je suis à naviguer sur le net pour lire l'acutalité, ou à regarder NCIS en anglais, sont des moments perdus qui auraient pu être investis dans la réalisation de ces idées.
Alors, je les travaille le week-end, sur l'ordinateur, les réponses aux mails des thésards, les harmonisations de partitions...
Et c'est autant de temps en moins passé avec la tribu. Enfin, nous sommes au même endroit, nous partageons de petits moments.
Devraient-ils être plus nombreux ? Faudrait-il que je plaque toutes ces activités annexes et ne me contenter que faire mon métier et rien d'autre ?





"Everytime you go away, you take a piece of me with you" (Every time you go away, Paul Young)
(Chaque fois que tu pars, tu emmènes un morceau de moi avec toi)

Oui, les souvenirs sont là.
Ceux que j'avais emmagasinés ici.
D'autres aussi. Nombreux.
J'ai la musique aussi qui m'accompagne.
Ce livre aussi que j'ai commencé et qui commence à s'étoffer un peu.
Peut-être l'aurai-je fini avant la retraite...

"N'aie pas de regrets, fais-moi confiance et pense à tous les "No way", l'indifférence des sens" (Regrets, Mylène Farmer et Jean-Louis Murat)

Tout ce temps servira-t-il à quelque chose au final ?
Passer du temps pour une noble cause, c'est beau. C'est louable. Enviable ? Je n'en sais rien, mais vivre ses passions est... passionnant. Pour l'instant...
J'aimerais parfois avoir une DeLorean et aller faire un petit bond dans le futur.
Voir si tout cela était utile. Si je n'ai pas perdu mon temps.
Vais-je avoir quelque chose à regretter au soir de ma vie ?

lundi 23 septembre 2013

#PrivésDeMG

"Et partout ça mitraille, 100 000 vérités. On jure, on clame, on braille, ça vient d'tous les côtés.
Radios et hauts-parleurs, des chaînes par milliers.
Et passent les rumeurs, promis craché juré, certifié, officiel" (C'est pas vrai, Jean-Jacques Goldman)


"Les jeunes médecins ne veulent plus s'installer..."
"Etudiants en médecine, si vous travaillez mal, vous finirez généralistes. Et si vous travaillez très mal, vous finirez généraliste dans la Creuse..."

Combien d'idées reçues, de fausses idées continueront à être colportées ? Combien de temps encore ?
Faudra-t-il attendre que tous les généralistes se soient découragés ?
Faut-il attendre d'être #PrivésDeMG pour enfin faire quelque chose ?

Je ne veux pas y croire.
Je ne veux pas rester sans rien faire.

Je ne suis pas le seul. Nous sommes une petite centaine aujourd'hui.
Nous ne réclamons pas d'être payé plus. Mais de pouvoir soigner mieux...
Nous avons des idées concrètes, mais le temps presse. Les voici :

Médecine générale :
dernier arrêt avant le désert

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?
Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l'occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l'extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n'a été reprise par la Ministre.
Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l'avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.
Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.
Voici une synthèse de ces propositions.
Sortir du modèle centré sur l’Hôpital
Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.
Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c'est-à-dire en ville et non à l’hôpital.
La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.
Cette réforme aura un double effet :
Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.
-  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.
Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.
Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.
Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.
Idées-forces
Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.
  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales
  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.
  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :
Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.
  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :
Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.
  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).
Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s'agit en aucun cas de jeter l'opprobre sur les personnes exerçant cette profession.
  • Les « chèques-emploi médecin »
Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.
Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l'ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n'induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.
L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.
Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l'opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

1.     Docteurmilie
2.     Dzb17
3.     Armance64
4.     Matt_Calafiore
5.     Docmam
6.     Bruitdessabots
7.     Ddupagne
8.     Souristine
9.     Yem
10.   Farfadoc
11.   SylvainASK
15.   DrKalee
16.   DrTib
17.   Gélule, MD
18.   DocAste
19.   DocBulle
21.   Dr Stephane
23.   Docteur_V
24.   Dr_Foulard
25.   Kalindéa
26.   DocShadok
27.   Dr_Tiben
29.   PerrucheG
30.   BaptouB
33.   MimiRyudo
35.   DrGuignol
36.   DrLebagage
38.   CaraGK
39.   DocArnica
40.   Jaddo
41.   Acudoc49
42.   AnSo1359
43.   DocEmma
45.   GrangeBlanche
47.   Borée
48.   10Lunes
50.   OpenBlueEyes
51.   nfkb
52.   Totomathon
53.   SophieSF
54.   SuperGélule
55.   BicheMKDE
56.   Knackie
57.   DocCapuche
58.   John Snow
59.   Babeth_Auxi
60.   Jax
61.   Zigmund
63.   DrNeurone
65.   YannSud
66.   Nounoups
68.   Boutonnologue
70.   Une pédiatre
71.   Heidi Nurse
72.   NBLorine
73.   Stockholm
74.   Qffwffq
75.   LullaSF
76.   DocteurBobo
77.   Martin Minos
78.   DocGamelle
79.   Dr Glop
80.   Ninou
82.   UrgenTic
83.   Tamimi2213
84.   Doc L
85.   DrLaeti
86.   LBeu




Les commentaires de soutien de décembre 2012
Comment ne pas être ébranlé par les centaines de commentaires enthousiastes de jeunes médecins, de professionnels de santé ou de patients face à nos propositions ? Pourquoi ne pas aider les jeunes médecins à la fois à réaliser leurs rêves et à se mettre efficacement au service de la santé des Français ?
Les propositions de réforme de la médecine générale des 24 médecins blogueurs ont reçu plus de 1000 signatures de soutien.

Vous pouvez retrouver une grande partie de ces commentaires sur le blog dédié à cet effet, à la suite de la copie du texte que vous venez de lire


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