dimanche 1 mai 2016

Pour le plaisir

"On se réunit plusieurs fois par semaine, on se vide la tête, question de faire la fête. On lève les bras ou on se les met en croix. On reste ensemble car rien ne nous ressemble" (Sauvez mon âme, Luc De Larochellière)

J'ai quand même toujours un peu de mal à savoir dire non.
Par exemple pour participer à un congrès et y faire des présentations ou des ateliers.
Par exemple quand c'est sur l'île de La Réunion à des milliers de kilomètres de chez moi.
Par exemple quand je dois prendre un vol aller le jeudi soir et le vol retour le dimanche soir.
Mais bon... comme le dirait @GeluleMD , j'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé pour la bonne cause, celle de la médecine générale et de son enseignement.

Bon, le cadre était magnifique, c'était un grand grand plus. Et j'y ai revu "min tchô poulet", alias Sébastien, qui a déménagé là-bas maintenant. C'est un peu grâce (à cause ?) de lui si je me suis investi autant dans l'enseignement de la médecine générale... (Plein de bécots si tu lis ces lignes, j'étais content de te revoir, même si c'était très court).

Congrès vendredi et samedi toute la journée. Pas beaucoup le temps de faire autre chose. Le repas du samedi soir est convivial entre tous les participants et je commence à me poser un peu à ce moment-là, histoire de me préparer aux 11 heures de vol du lendemain...

La soirée commence avec un groupe de percussionnistes local, dont certains membres sont aussi des généralistes du coin.
Ils sont plein d'énergie.
Je les observe, ils se regardent, se comprennent, savent par quelques gestes quand va arriver une modulation de leur morceau, quand ils vont devoir s'arrêter ou reprendre.
Ils sourient.
Beaucoup.
Ils sont contents d'être là, ensemble, et rien que cette image fait très plaisir à voir. On aurait pu couper le son, complètement, et profiter de ce bonheur qu'ils avaient d'être ensemble.

"Is it your ghost that keeps hiding under the smoke. It's getting louder, I feel hands around my throat. How do you love someone?" (Cancion de la noche, Matthew Perryman Jones)
(Est-ce ton fantôme qui continue de se cacher dans la fumée ? Ca devient plus fort, je sens des mains autour de mon cou. Comment aime-t-on quelqu'un ?)


Quand je regarde les enfants, les petits, mes propres enfants, mes neveux et nièces... ils ont toujours l'air heureux. Ils rigolent facilement. Ils s'amusent. Et ils aiment être ensemble.

Ca se perd l'envie d'être ensemble ? Ca se perd l'amour de l'autre ? Ca se perd le partage, l'empathie ?
Parce que j'ai parfois l'impression d'être un Bisounours. Ok, il y a bien des gens que je n'aime pas sur Terre, bien sûr. Mais j'aime passer du temps en compagnie d'autres. J'aime partager, construire.
Je suis sans doute trop souvent naïf parce que construire peut avoir des dommages collatéraux qu'on ne soupçonnait pas, on peut froisser ou blesser.
Parfois aussi, comme dans le groupe vocal que je dirige, j'ai une idée bien précise de ce que je veux que nous construisions ensemble, et je ne suis sans doute pas assez patient/tolérant avec mes choristes.

Mais cette envie, cet accomplissement de soi quand on arrive, comme ce groupe de percussions, après des heures et des heures de travail, à prendre plaisir à être ensemble, comment certains peuvent la perdre ?
C'est inné ? C'est acquis ?

J'aimerais bien comprendre. Cela m'aiderait peut-être à conseiller les patients pour lesquels cette flamme du "vivre ensemble" a tendance à s'éteindre.
J'aimerais bien comprendre aussi pour conseiller à mes patients de se construire ce tissu social quand ils le peuvent, parce que c'est lui qui leur permettra de rester en forme plus longtemps, et à l'abri du déclin parfois lié au vieillissement (et beaucoup mieux que les patchs en tous genres).

"Pour le plaisir, il faut savoir prendre le temps de refaire d´un homme un enfant. Et s´éblouir. Pour le plaisir, s´offrir ce qui n´a pas de prix, un peu de rêve à notre vie. Et faire plaisir. Pour le plaisir" (Pour le plaisir, Herbert Léonard)


Juste prendre le temps de se poser parfois et faire ce que l'on a envie de faire.
Prendre plaisir à le faire.


On me demande régulièrement "Mais tu fais plein de choses ? Comment y arrives-tu ?"
Je fais les choses par plaisir et pas par obligation. Ou plutôt, moins par obligation (oui parce que bon, j'ai quand même commencé le billet en disant que je n'arrivais pas à dire non).
L'avantage, c'est que le jour où une activité ne me plaira plus, je pourrai en commencer une autre.


Mais la quête du plaisir devrait être ce qui nous pousse en avant.
Comme le plaisir d'écrire ce billet au soleil, dans le jardin, entouré du chant des oiseaux et de tous ceux qui me sont chers, physiquement, virtuellement ou spirituellement présents.

dimanche 17 avril 2016

Narcisse

"Tu sors en courant, t'as peur d'être en retard, et c'est que le début de la fameuse histoire de l'adolescent X qui crie, "je veux qu'on m'aime", l'adolescent cynique qui avance dans un système qui est pas fait pour lui" (L'adolescent X, Lynda Lemay)


"Vous savez, Docteur, j'aimerais juste qu'il fasse attention à moi de temps en temps"
Cette phrase prononcée par une patiente aurait pu l'être par beaucoup d'entre nous je crois.
Nous avons besoin du regard de l'autre, de ses interactions, de son approbation, de sa bienveillance, de son désaccord... bref, besoin de l'autre.

En cela, je trouve les ermites à la fois fascinants et intrigants. Fascinants car ils arrivent à tenir debout seuls, leur pensée les guide, la méditation aussi j'imagine. Intrigants parce qu'ils n'ont aucune interaction avec les autres. Du tout. Rien. Pas un seul échange de parole, pas un sourire, pas un contact visuel ni physique...

Nous sommes toutes et tous des êtres humains en train de crier "regardez-moi" par des canaux de communication divers : les réseaux sociaux, les applications photo, les blogs, les coups de téléphone, les lettres, les SMS...

"Maman, maman : regarde comme je fais bien ça !"
La phrase préférée de tous les enfants. Parce qu'ils ont besoin du regard de l'autre pour avancer, pour grandir, pour se sentir en confiance, se renforcer.

Et nous grandissons avec ce besoin un peu irrationnel d'être regardé par l'autre, tout en prétendant à cor et à cri ne pas le vouloir. Comme les adolescents qui envoient promener leurs parents alors qu'il ont encore plus besoin de leur regard et de leur aide dans cette période de bouleversements physiques et psychiques.

"Je n'attends pas de toi que tu sois la même. Je n'attends pas de toi que tu me comprennes, seulement que tu m'aimes pour ce que je suis.
Se met-elle à ma place quelques fois, que faut-il que je fasse pour qu'elle me voit ? Vivre l'enfer mourir au combat, veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas ? Je veux bien tenter l'effort de regarder en face mais le silence est mort et le tien me glace. Mon âme sœur cherche l'erreur plus mon sang se vide et plus tu as peur" (A ma place, Zazie et Axel Bauer)

Les selfies sont à la mode. Le comble du narcissisme, non ? "Regardez-moi" qui a remplacé le "Regardez ce que mes yeux voient".
Attention, je ne suis pas en train de jouer les moralisateurs. Je succombe régulièrement à cette mode aussi.
Mais là où cela me dérange, c'est l'interaction de ce narcissisme avec l'autre. Faut-il obligatoirement "liker" un selfie sur les réseaux sociaux ?
Le simple fait d'attendre un "like" ou un retweet ou je ne sais quelle interaction n'est-il pas en lui même un appel à l'autre. "Aime-moi" ?
On en oublie le pouvoir des mots. On lui préfère "le choc des photos" selon le slogan bien connu.

Ce narcissisme n'est-il pas alors une façon de s'enfermer ou se refermer sur soi-même ?
"Regarde-moi et aime-moi" au lieu du parle-moi.
Parler est devenu difficile. Parce que parler, c'est aussi, bien souvent, se mettre à nu, montrer ses faiblesses.
Parler c'est dire ce que l'on ressent.
Mais parler c'est dire "Je" donc c'est une autre forme de narcissisme ?

Je conseille souvent de dire "Je" quand on s'adresse à quelqu'un.
"J'ai du mal à vivre cela" ou "Je me suis senti blessé(e) par ta remarque" plutôt que "Tu m'as blessé".
Matérialiser un peu cet appel à l'attention de l'autre.

Pour que l'autre puisse nous apporter son avis, pour qu'il puisse se mettre à notre place et envisager ce que nous ressentons, il faut avant tout lui expliquer ce que nous avons au fond de nous.

J'ai eu plusieurs fois cette semaine l'impression de "manipuler" un peu ceux à qui j'ai donné ces conseils. Les manipuler dans le sens "si vous voulez arriver à vos fins, dites cela de cette manière plutôt qu'une autre".

Donc, être moins narcissique, c'est être de facto moins naturel ? La communication serait bel et bien un artifice ?
Les ermites seraient alors dans l'excès de naturel ?

"Oh, baby, baby, how was I supposed to know that something wasn't right here? Oh, baby, baby I shouldn't have let you go, and now you're out of sight, yeah. Show me how you want it to be, tell me, baby, 'cause I need to know now, oh, because... My loneliness is killing me" (Baby one more time, Britney Spears)
(Oh chéri(e), comment étais-je supposé(e) savoir que quelque chose ne se passait pas bien ici ? Oh chéri(e) je n'aurais pas dû te laisser partir, et maintenant tu es hors de ma vue. Dis-moi comment tu veux que les choses soient, dis-moi chéri(e), j'ai besoin de savoir parce que cette solitude me tue)

Comme quoi... dans des chansons pour adolescent(e)s on retrouve aussi (surtout) cette thématique de l'échange et de la communication.
Parlez et incitez vos proches à parler. Incitons, nous soignants, nos patients à parler avec leurs proches.
Le risque sinon est de sombrer dans un narcissisme à outrance, avec une espèce de superficialité dans les relations humaines. A l'image de certaines stars hypermédiatisées que j'ai l'impression de voir hurler "Aimez-moi" et pour lesquelles je ne ressens rien d'autre qu'une forme de tristesse, car je me dis qu'elles doivent se sentir bien seules pour avoir ce besoin si présent.

Allez, je vous laisse tranquille, je finis ce blog et je le publie. Et j'espère qu'il sera lu, retweeté, liké...
Juste parce que j'ai besoin de savoir ce que les autres pensent de ce que je pense.
Un peu raté pour ma carrière d'ermite...

lundi 7 mars 2016

Mutation

"Et j'ai trouvé dans mon carnet à spirales, tout mon bonheur en lettre capitale à l'encre bleue aux vertus sympathiques sous des collages à la gomme arabique" (Le carnet à spirale, William Sheller)

26 décembre 2005.
Premier jour de travail pour moi. Rien que pour moi.
J'avais bien travaillé seul depuis plusieurs semaines. Après tout, j'avais fini mon internat au 1er novembre 2005 et j'étais déjà thésé depuis juin 2004 et mon futur prédécesseur avait quitté le cabinet pour commencer sa nouvelle carrière professionnelle.
Mais, lenteur administrative oblige, tout était prêt pour le 26 décembre.
Plongeon dans le grand bain

Activité à plein régime dès le départ.
J'applique les règles que j'ai apprises en cours (enfin, pour les quelques cours adaptés à mon métier que j'avais reçus à l'époque), celles que j'ai apprises lors de mon stage chez le praticien aussi.
Je prescrivais des mucofluidifiants (pour les non médecins, ce sont des médicaments inutiles), parfois du Maxilase (pareil) des sirops (pas beaucoup mieux), du Tanakan (j'implore le pardon de mes amis médecins)... et je recevais la visite médicale (et oui...)

"C'est à peu près l'heure où ils éclairent les fontaines, où je sors un peu pour prendre l'air, enfin où je traîne. J'essuie les regards de tous ceux qui ne m'aiment pas trop et je comprends très bien tout ce qu'ils peuvent dire derrière mon dos.

J'ai tant de choses à me reprocher mais je n'y peux rien. A franchement parler, ça ne me fait rien, je n'y peux rien." (A franchement parler, William Sheller)

On m'avait "élevé" dans l'idée qu'il y avait les généralistes d'un côté et les spécialistes de l'autre. Qu'on travaillait un peu chacun de notre côté, que c'était normal, le monde médical fonctionnait comme cela.
Et je m'en moquais un peu.
Les patients, eux, étaient dès le départ le centre de mon intérêt et ce que pouvaient penser de moi les autres collègues m'importait beaucoup moins.
Je n'étais pas parfait (je ne le suis toujours pas d'ailleurs, heureusement), mais j'essayais de faire de mon mieux. En toute bonne foi.

Je participais à des "soirées de formation" par l'industrie pharmaceutique. Le thème annoncé était à chaque fois très sympa. Les intervenants prévus aussi. Mais, à une exception près, j'ai toujours été déçu. Mon estomac était rempli, mais je n'étais pas meilleur médecin.
Un soir, je suis allé à une formation "un peu plus" indépendante (mais pas totalement, de mémoire, il y avait quand même des stands de l'industrie dans le couloir) sur la vaccination.
L'expert était un médecin généraliste.

Un médecin généraliste. Un généraliste ?? Pas un infectiologue, ou un pédiatre ? Mais quelle drôle d'idée !

Et... le gars debout en face de nous parlait du quotidien de mon métier. Très concrètement. La vaccination que je faisais au cabinet. Pas la théorie de ce qu'on est censé faire dans le monde de Oui-Oui.
J'ai adoré.
Je suis allé voir l'intervenant à la fin. Il enseignait à la faculté.
Je lui ai demandé comment faire pour les rejoindre, parce qu'enseigner m'intéressait. Cela m'a toujours intéressé d'ailleurs (j'aurais choisi d'être prof de bio si je n'avais pas eu ma première année).
Bref, il m'a dit "Attention tu vas mettre le doigt dans l'engrenage, et tu ne pourras plus faire machine arrière"

Nan, pas de souci... je gère... (Là, vous pouvez éclater de rire. Et une fois que vous avez fini, recommencez à rire en lisant la suite)

"Faut pas penser à demain, faut pas dormir au hasard, et tu tiens. J'irai jusqu'au bout du chemin et quand ce sera la nuit noire, je serai bien. Et je regarde ceux qui se penchent aux fenêtres, j'me dis qu'il y en a parmi eux qui m'aimeraient peut-être" (Oh ! J'cours tout seul, William Sheller)

Je suis allé à la fac pour me former à la maîtrise de stage. C'était en 2008. Installé depuis 3 ans, j'apprenais à recevoir des externes en stage.
Formation sans labo. Super intéressante, même si quelques mots sortaient tout droit d'un dictionnaire de pédagogues que je ne connaissais pas. 
"- Et ça c'est le paradigme d'apprentissage
- Le para... quoi ???"

J'ai rejoint le collège des enseignants. Pareil, ils parlaient parfois une langue que je ne connaissais pas, mais je me suis accroché.
Je faisais d'autres choses, j'ai brisé une petite routine qui tendait à s'installer.
J'ai rencontré des enseignants passionnants et passionnés.
J'ai rencontré des étudiants tout aussi passionnants et j'ai gardé de très bons contacts avec certains.

"Sous deux semelles de gomme, il tire un jean étroit du bas, dans un blouson rouge-pomme, deux contrebasses au bout des doigts. Il shoote dans des boites de bémols, il se fout du style il n'a pas bien suivi l'école. Mais il plane comme un jumbo entre les murs du son. C'est comme un labyrinthe autour de sa maison. On le trouve un peu bizarre mais Symphoman est né d'un rêve oublié là, qui pétille à mon oreille, tout comme les murs d'un verre de Mozart-soda" (Symphoman, William Sheller)

J'ai commencé à m'investir de plus en plus à la fac, dans l'enseignement. Moi qui ai longtemps hésité à devenir prof de bio, j'étais comblé et le suis toujours par l'enseignement. J'ai entamé une mutation. Je ne pouvais plus être le même médecin.
Mon emploi du temps n'étant pas extensible, j'ai dû faire des choix pour maintenir mon équilibre, le fameux trépied dont je parlais dans un de mes premiers billets sur ce blog.
L'un de ces choix a été de diminuer un peu mon activité de soin.

Pour soigner mieux. Enfin, je le pense. Prendre le temps d'expliquer. Passer de 4 rendez-vous par heure à 3 pour ne pas être trop en retard.
Pour être un peu plus investi à la faculté. Pour participer à la vie de l'université parce que je suis persuadé que si l'on veut y obtenir une place, il faut la gagner à force de travail.
Je sais que j'ai sans doute bénéficié d'une forme d'effet d'aubaine. Je suis arrivé au bon moment dans l'équipe et j'ai pu obtenir un poste.
Mais comme je ne veux pas de cet effet d'aubaine, j'ai repris mes études aussi. Un master 1 l'année dernière. Master 2 cette année et l'année prochaine.
Mériter cette place.

Mais être moins au cabinet, c'est se le faire reprocher par certains patients. Non, non, je ne suis pas en vacances quand je ne suis pas dans mon bureau, mais bien souvent, je suis à la fac, je suis chez moi en train de bosser pour la fac... Ou je suis en train de chanter parce que j'aime ça et que ça me fait penser à autre chose.
Et puis j'ai croisé la route de Twittos, j'ai mis un tout petit orteil dans la sphère médiatique et j'ai vraiment aimé cela : télé, radio...

Je suis passé pour un mec un peu barge pour certains, à force de faire un peu de tout. A force d'être heureux de tout aussi. A force d'être optimiste en tout et tout le temps. J'ai aussi renvoyé une image du "mec qui fait plein de trucs et qui ne dit jamais non".
Et je ne disais jamais vraiment non. Au début.

"Encore un jour tout seul où tout fout l'camp. Tu vois, j'n'ai jamais su tell'ment parler aux gens. J'suis mal dans ma peau, j'ai un peu froid dans l'dos. Lent'ment, douc'ment, je coule comme un bateau, j'suis un mauvais capitaine, j'suis un mec qui traîne auquel on tourne le dos" (Simplement, William Sheller)

"Je voulais juste te dire qu'on est plusieurs à s'inquiéter pour toi. On te trouve un peu plus triste, moins enjoué. T'es sûr que ça va ?"

Novembre 2015.
A trop charger la barque, elle prend un peu l'eau.
Les évènements du 13 novembre ont mis à mal ma confiance en l'homme. La vie est si courte...

Je n'ai plus peur de dire non, mais j'envoie un peu promener aussi. J'aimerais ne pas culpabiliser de ne pas savoir tout faire et pourtant je ne peux m'en empêcher.
Alors je me raccroche à des choses toutes simples : la famille, les amis, et j'apprends à être égoïste et faire ce que j'ai envie de faire.
Je rate des réunions où ma présence était requise parce que j'ai pris d'autres engagements. Avant j'aurais fait mon possible pour faire les deux, quitte à dormir moins, quitte à ne pas être raisonnable.

Je lisais ce matin le billet de Docteurmilie "Burn out : moi jamais".
J'avais commencé à écrire ce billet samedi, en revenant d'une réunion à Paris. Je pensais bien le finir en évoquant un peu cette période de novembre 2015 aujourd'hui derrière moi (oui je rassure mes proches, je vais bien... Vous avez dû vous rendre compte que c'était pas la grande forme, mais là je suis redevenu aussi hyperactif et épuisant qu'avant, c'est un signe qui ne trompe pas !)
En lisant ce billet d'Emilie, je me suis dit : bah dis donc... les plus optimistes ont aussi leurs creux de vagues. On n'est pas des super héros finalement.
Et c'est mieux, nous sommes humains.

"Quel que soit le temps que ça prenne, quel que soit l'enjeu, je veux être un homme heureux" (Un homme heureux, William Sheller)

Etre heureux ça se décide aussi, au quotidien.
Comme en s'offrant, en amoureux, un concert de William Sheller, extrêmement bien placé. Même si, pour la peine, on rate une réunion un vendredi soir.
Parce que ça fait du bien. Parce que c'est un musicien et un chanteur extraordinaire. Au moins aussi extraordinaire que son humilité.
Parce que ça recharge les batteries.
Parce ça donne aussi des idées de billets de blog avec des chansons, pour une fois, d'un seul interprète et tellement belles...


jeudi 31 décembre 2015

Ca ne tient pas debout

"Ça ne tient pas debout ce regard qu'ont les gens sur toi, tu t'y habitues. Ça ne tient pas debout cette force qui habite en toi, tu l'as toujours eue. Ça ne tient pas debout, le malheur ça n'existe pas, tu l'as toujours su" (Ca ne tient pas debout, Michel Berger)


Fin d'année. Heure des bilans.
2015 aura vraiment été une année particulière à bien des égards. 
Nationalement, bien entendu. Tout le monde a été marqué par tous les événements qui se sont produits.
On a beau vivre loin de Paris, on a beau se dire que ça paraît irréel, c'est bien arrivé.

Il y a eu des moments très riches en émotions positives. Des moments "Yin" dont j'avais parlé ici
Des amis. La famille. Des expériences professionnelles, universitaires, télévisuelles, radiophoniques que j'ai vraiment pris plaisir à vivre.

Des moments "Yang" aussi.
De la méchanceté gratuite de certains, des remises en question, de la motivation parfois en berne...
Des patients qui ont perdu la vie... certains pour lesquels c'était malheureusement "prévisible", d'autres pour lesquels cela a été une triste surprise.


"Je m'en irai dormir dans le paradis blanc, où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps. Tout seul avec le vent, comme dans mes rêves d'enfant. Je m'en irai courir dans le paradis blanc, loin des regards de haine et des combats de sang, retrouver les baleines, parler aux poissons d'argent, comme, comme, comme avant" (Le paradis blanc, Michel Berger)


Le 31 décembre, on se dit que l'année se termine, qu'il ne reste plus assez de temps pour des mauvaises nouvelles. Un peu à la manière de La cité de la peur des Nuls "Il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant"...

C'est la vie, sans doute. Le bien le plus précieux que nous avons tous. Le plus fragile aussi, 2015 en est la preuve.


"Pour me comprendre, il faudrait savoir qui je suis. Pour me comprendre, il faudrait connaître ma vie, et pour l'apprendre, devenir mon ami. Pour me comprendre, il aurait fallu au moins ce soir, pouvoir surprendre le chemin d'un de mes regards triste mais tendre, perdu dans le hasard. Je l'ai connue toute petite dans les bras de sa grande maman. Dommage, dommage, j'aimais tellement son visage." (Pour me comprendre, Michel Berger)


La vie est déjà suffisamment fragile pour qu'on puisse chercher à se l'ôter. C'est pourtant ce qu'elle a choisi de faire il y a cinq jours, à 32 ans.
Je ne comprends pas ce geste. Je ne comprends pas qu'elle n'ait pas eu envie de faire appel à nous. Je ne comprendrai jamais, parce qu'il n'y a rien a comprendre. Parce que c'est la vie. Ou la fin de la vie.


"Et, quand nos regrets viendront danser autour de nous, nous rendre fous, seras-tu là ? " (Seras-tu là, Michel Berger)


Eté 1992. Première fois que je mettais les pieds en Sicile, la terre d'une partie de mes ancêtres. Tu étais venue avec nous. Tu étais la filleule de mes parents. Je me souviens de toi jouant dans la rue de la petite maison familiale. Europe 1 que nous captions même loin de France, diffusait la nouvelle qui a marqué une partie de mes vacances : Michel Berger venait de mourir. Jeune. D'une crise cardiaque.
Je m'étais dit à l'époque que c'était bizarre d'imaginer que la vie puisse s'arrêter du jour au lendemain sans crier gare.
Je me dis la même chose, au dernier jour de 2015.

Ca ne tient pas debout.

vendredi 6 novembre 2015

Les écrits restent

"Je ne sais plus comment te dire, je ne trouve plus les mots. Ces mots qui te faisaient rire, et ceux que tu trouvais beau" (Parle-moi, Isabelle Boulay)

En ce moment, il y a un challenge sur Twitter. Le 30-day book challenge. Le principe ? Chaque jour un thème et une réponse par un bouquin. "Celui qui vous a fait le plus pleurer" ou "Celui que vous avez le plus aimé".

Je n'aime pas les écrits.
C'est idiot, non ? De la part d'un mec qui tient un blog et se triture les méninges par écrit... Si si, c'est idiot.

En fait, je n'aime pas les écrits. Parce qu'il n'y a pas la voix de son rédacteur.
Comme sur Twitter, j'aime pouvoir mettre une voix sur les tweets que je lis. Quand je connais les auteurs dans la vraie vie, c'est plus facile.

Du coup, un écrit quand je connais l'auteur, c'est mieux ? Et bien... non...
Je suis du genre à lire, relire, re-relire. Tenter de trouver les mots entre les lignes. Les inventer parfois. Comprendre une phrase parce que j'ai envie de la comprendre comme cela.
Mais... comment savoir ce qu'il a vraiment voulu dire.
Il y a bien la solution de le demander de vive voix à l'auteur. Bon, il y en a un paquet qui sont morts depuis des siècles, ça va être difficile. Pour les autres, surtout quand ce sont des proches, il y a le risque de passer pour le dernier des imbéciles "Mais c'est pas DU TOUT ça que j'ai voulu dire" ou celui, peut-être pire, de s'entendre dire ce qu'on ne voulait pas du tout admettre "En fait, j'osais pas te le dire, mais oui, c'est bien ça".

"Ne plus rien sentir. Inconscient minéral. Plus le moindre désir. Plus de peur, ni de mal" (J'en rêve encore, Gérald De Palmas)

Je m'imagine beaucoup de choses. L'un de mes romans préférés dont j'ai déjà parlé dans un vieux billet, Le Voyageur Imprudent, me met le cerveau en compote. Il me fait réfléchir, m'imaginer ce qui est passé par la tête de Barjavel quand il l'a écrit, ce qu'il a vraiment voulu dire. Comment le contexte de sa vie courante a pu influencer ses écrits : une histoire familiale, une histoire de cœur, un fait divers... y a-t-il quelque chose qui l'ait influencé ?
Quand je lis une phrase, qu'est-ce que je lis vraiment ? Ce que l'auteur a voulu écrire ? Ce que j'en déduis ? Ce que j'ai envie de lire, même si c'est l'inverse de qu'il voulait écrire ?

Voltaire disait : "Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux, et fortifient par leurs réflexions ce qui leur paraît faible"
Non, mais là c'est juste impossible. Je ne vais pas écrire 5 tomes sur les réflexions que je me fais pour un tweet de 140 mots, ou un échange de deux phrases !

Je n'aime pas les écrits.
Mais je garde tous mes historiques de conversation. Partout. SMS, messages privés, discussions Messenger, Skype...
Je les relis très souvent.
Je ris, je souris, je m'interroge, je m'inquiète, j'imagine, j'extrapole...

Quand j'en avais parlé de vive voix, un ami m'avait proposé une solution "Arrête de relire les vieilles conversations".
Il a raison. C'est une solution pragmatique.
Mais je n'y arrive pas.
C'est comme relire un roman en connaissant déjà la fin. Vous savez les romans "dont vous êtes le héros". A ce moment de l'histoire, vous pouvez choisir entre la page 35 et 48. Et c'est la 35 qui a été choisie lors de la lecture.
Rétrospectivement, on se dit "mouais... peut être que la 48 aurait été mieux" ou  "Ah mais non, mais c'était évident qu'il fallait choisir la 48".

Sauf que dans la vraie vie, ce serait plutôt "Mais pourquoi j'ai répondu ça ??" surtout qu'en général, j'ai tendance à beaucoup trop écrire. Je m'imagine la personne recevant les messages en se disant "il est lourd... bon, je vais être gentil(le) je vais lui répondre quand même" (imagination parrainée par le club des gars qui ont une énorme confiance en eux).

Il y a aussi "Mais qu'est-ce qu'il/elle a voulu dire réellement par cette phrase ?".
Et de constater que la suite de la vie a découlé, comme le fait le roman, de ce choix précis. Encore un effet papillon.

Comme quand on reçoit un patient et qu'on se dit "et si je lui avais plutôt parlé de sa maladie comme ça, il/elle l'aurait mieux acceptée ? La communication aurait été meilleure entre nous ?"

"C'est un monde parfait, le vent souffle, on ne bouge pas. C'est un monde parfait, on s'en ira, le vent restera. Un monde parfait" (Un monde parfait, les Innocents)

C'est l'automne. La luminosité baisse, le temps devient gris, je rentre quand il fait noir. Je fatigue.
(Quand j'écris ces mots, mon moral est bas, ou c'est juste une constatation dépourvue de sentiment "négatif" ?)

J'aurais dû dire autre chose dans cette conversation hier/la semaine dernière/le mois dernier ? Je me suis emporté/emballé/laissé dépasser quand je discutais avec lui/elle ?
(Quand j'écris ces mots, je fais juste une sorte de bilan dans le but d'améliorer ma façon d'être lors de prochaines conversations ou je me prends en pleine figure mon angoisse de performance et de perfection insatisfaits en constatant que j'aurais pu être meilleur et que les éventuelles conséquences ne sont dues qu'à mon comportement ou mes mots ? Mea culpa, mea maxima culpa ?)

Je n'aime pas les écrits.
Parce qu'ils me filent une boule au ventre et un nœud à la gorge.
Je n'aime pas les écrits, parce que quand je vois tous ceux qui parlent de tant et tant de livres, je ne peux m'empêcher d'être jaloux de leur savoir que je n'ai pas, de leur culture que je ne partage pas.
Je n'aime pas les écrits parce que quand je relis les miens, je trouve toujours des fautes impardonnables que je dois corriger, et j'ai l'impression de me mettre à nu.
Je n'aime pas les écrits parce qu'ils me rappellent des souvenirs. Les bons comme les mauvais. Les bons que j'ai vécus et que je ne suis pas sûr de revivre. Les mauvais que j'aurais peut-être pu éviter si j'avais juste ouvert un peu plus les yeux.

Pourtant, dans toute histoire, il n'y a guère que les écrits qu'on peut conserver.
Alors je vais relire des mots d'anniversaire griffonnés sur une carte postale par ma grand-mère qui me manque. Je vais quand même relire des historiques de conversation, parce que j'ai l'impression de revivre le moment, de ressentir les émotions de ce moment là.
Un peu comme des rediffusions.

Je n'aime pas les écrits. L'automne et la fatigue non plus d'ailleurs. Faudrait que je lise plus souvent une phrase que je n'ai pas encore écrite "Va te coucher tôt".
Il est une heure du matin. Et je n'ai rien lu.

vendredi 23 octobre 2015

A demain...

"So I made a promise to myself : to say each day how much she means to me, and avoid that circumstance where there's no second chance to tell her how I feel. 
If tomorrow never comes, will she know how much I loved her ? Did I try in every way to show her every day, that she's my only one. And if my time on earth were through and she must face this world without me, is the love I gave her in the past gonna be enough to last, if tomorrow never comes ?
So tell that someone that you love, just what you're thinking of, if tomorrow never comes" (If tomorrow never comes, Ronan Keating)
(Je me suis fait une promesse : dire chaque jour à quel point elle compte pour moi, et éviter ce moment où il n'y a pas de seconde chance de lui dire ce que je ressens.
Si demain ne venait jamais, saura-t-elle à quel point je l'aimais ? Ai-je essayé par tous les moyens de lui montrer chaque jour, qu'elle est celle que j'aime. Si mon temps sur Terre était fini et qu'elle devait affronter ce monde sans moi, l'amour que je lui ai donné par le passé sera-t-il suffisant pour durer, si demain ne venait jamais ?
Alors dites à l'élu(e) de votre cœur, tout ce que vous ressentez, au cas où demain ne viendrait jamais)


Ouh là là...
Billet pas du tout cartésien ci-dessous. Vous serez prévenus...

J'ai déjà raconté comment je me sens la veille d'un départ, qu'il soit en vacances, en congrès ou autre... je me sens stressé.
Etonnant venant de la part d'un homme d'un calme toujours olympien et qui ne se pose jamais des milliards de questions (à ce moment précis, ceux qui me connaissent bien doivent avoir envie d'éclater de rire...)

Stressé parce qu'il reste des tonnes de choses à faire, que bien souvent je n'ai pas encore fini, voire commencé, ma valise (et qu'en plus je prends le temps d'écrire un billet de blog quand même...), et qu'en plus je me dis que tout le temps où je serai en vacances sera du temps en moins à faire tout le reste, que les mails vont continuer à s'accumuler alors que j'en ai déjà des centaines en retard...
Mais il n'y a pas que cela.
Nous en parlions avec des amis ce soir. Il y a cette demi-seconde où l'on se dit "Et si... ?" : si on ne revenait jamais, s'il nous arrivait quelque chose...
L'esprit cartésien va répondre "l'avion est le moyen de transport le plus sûr au monde".
Le reste de l'esprit va lui répondre "Oui, mais..."

Il paraît que je renvoie l'image d'un homme froid, qui parle peu. Je mangeais avec Gérald et Christian mercredi et j'écoutais attentivement toute la discussion, j'y participais aussi, mais quantitativement, j'ai peu parlé. Promis, je ferai mieux la prochaine fois.
Mais c'est parce que je suis un homme posé, calme, qui ne s'enflamme ou s'emballe jamais, et qui parle peu (à ce moment précis, ceux qui me connaissent très bien doivent avoir très mal aux abdos tellement cette description peut ne pas me correspondre par moments)

Pourtant je me pose des questions, j'ai cette peur un peu absurde, un peu idiote car irrationnelle, de vivre un dernier jour sans le savoir. Ou alors, ma volonté de tout rationaliser, de tout expliquer, de tout contrôler est la vraie idiote de l'équation.

Il paraît que je donne l'image parfois d'un mec prétentieux, ou sûr de lui, qui ne doute jamais, sait parfaitement où il va, toujours, tout le temps. C'est tout moi. (A ce moment précis, mes proches doivent commencer à pleurer de rire sans doute)

Il paraît enfin que je dis rarement ce que je pense, que je n'ai pas beaucoup d'empathie, d'ailleurs, je ne parle que de moi dans ce billet, c'est bien la preuve d'un narcissisme exacerbé, non ?
S'il y a bien une chose que je ne sais pas faire, parce que cela me met mal à l'aise, que je me mets à rougir comme une pivoine et que je m'arrange pour fuir le regard de peur de perdre tous mes moyens, c'est dire à ceux qui me sont proches, ce que je ressens sans avoir la voix qui tremble, sans bredouiller ou d'un seul coup, ne plus avoir aucun problème de sécheresse oculaire. 

A ce moment précis, je vais juste dire à ceux que je considère comme ma famille, du sang ou que j'ai choisie, que je les aime.

mercredi 23 septembre 2015

Catalyseur

"Tell me love isn't true, it's just something that we do. Tell me everything I'm not, but please don't tell me to stop" (Tell me, Madonna)
(Dis-moi que l'amour n'est pas réel, que ce n'est qu'une chose que nous faisons. Dis-moi tout ce que je ne suis pas, mais s'il te plaît, ne me dis pas d'arrêter)

Je suis actuellement en train de suivre des cours obligatoires dans le cadre du Master 2. A des années lumières de mon activité de généraliste ou même de mon activité universitaire de généraliste...
Mais c'est obligatoire...

Il y a eu au moins une bonne surprise (enfin, je pense que moi j'ai dû trouver ça intéressant mais ce n'était pas forcément le cas de tout le monde). Un cours dont le titre n'était pas glamour et sexy : "Epistémologie - Histoire des sciences".
Et nous avons parlé de liberté, de science, de vérité, de déterminisme.

Là, en théorie, j'ai au moins la moitié des lecteurs qui doivent se dire qu'il va leur falloir un peu de café pour faire passer le mal de crâne que je leur inflige. Tenez bon, c'est passionnant, et je vais tâcher d'être clair et concis. Faites-vous un bon café si vous aimez cela et apportez-en moi un s'il vous plaît, et lisez tranquillement la suite.

Un des messages de ce cours était de dire que la science tente de comprendre le fonctionnement de la nature par le biais d'expériences diverses et variées.
Chaque expérience engendre des mesures qui, par définition, déforment la réalité.
Par exemple : le temps. On peut mesurer en différentes unités : heures, minutes, secondes, millisecondes... Mais entre deux unités, entre deux millisecondes, finalement, il y a énormément de choses, mais nous n'avons pas d'appareil de mesure suffisamment puissant pour le mesurer à la perfection.
Donc toute recherche inclut une certaine part de déformation de la réalité. Ce qui rejoint une discussion récente sur Twitter : la médecine évolue, se remet en question, et déclare inutile ce qu'elle considérait comme un dogme auparavant.
On ne soigne plus avec des sangsues tout et n'importe quoi, alors qu'avant c'était la règle.

Tout le danger de la science, de la recherche et à fortiori de la recherche médicale, est de considérer comme vérité incontournable les découvertes.

La base de la recherche est de chercher donc à comprendre le fonctionnement du monde qui nous entoure.
Donc, de chercher à prédire la réaction de ce monde pour pouvoir mieux le contrôler.
Mais si on peut prédire le fonctionnement du monde, ou la réaction des éléments de ce monde, c'est que tout est écrit "d'avance" ?
Si on prend une voiture qui est propulsée à une vitesse connue, si on tient compte de son poids, de la résistance au sol, à l'air et de tous les facteurs influençant, on pourra prédire au centimètre près l'endroit où elle s'arrêtera.

Alors pour les machines, c'est une choses. Mais pour les êtres vivants ?
Les médicaments entraînent des effets sur le corps humain. Prévus. Prédictibles de manière générale.

Nous sommes alors aussi prévisibles que les machines ? Notre avenir complet serait déterminé à l'avance ?
Du coup, chaque acte de notre vie pourrait être prévisible, à partir du moment où tous les facteurs influençant seraient connus ?
Mais où est notre liberté ? Si tout est écrit d'avance, nous ne sommes que des marionnettes qui obéissons à notre code génétique ou tout autre chose qui fait de nous ce que nous sommes ?

Etre libre serait donc le plus gros mensonge existant puisqu'être libre serait uniquement le fait d'ignorer que tout est déterminé, écrit ?

J'ai vraiment besoin d'un café...

"Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent, plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls. Allez, venez et entrez dans la danse, allez, venez et laissez faire l'insouciance" (Toi plus moi, Grégoire)

Jury de thèse, la même semaine. Thèse portant sur le burn out chez les médecins généraliste, ou plus précisément leurs représentations du burn out.
Travail très intéressant et méthodologiquement impeccable. Mon rôle de membre du jury est plus facile quand le travail est bon.
Un des autres membres du jury, Professeur de psychiatrie, a parlé de co-construction.
Pour lui (enfin, pas que lui, bien sûr, c'est une pensée courante) l'être humain est par définition co-construit.
Nous nous enrichissons du contact des autres. Nous devenons un peu plus nous à force d'être avec les autres.
Ce qui explique que les personnes âgées qui voient peu de monde se laissent plus facilement dépérir (le syndrome de glissement si j'utilise le jargon médical). Ce qui explique les études ayant trouvé que pour vivre plus vieux, il vaut mieux avoir un tissu social important, plutôt que de vivre en ermite.

Mais si nous devenons "nous" avec des morceaux qui ne sont pas de nous (ce que nous apportent nos rencontres), restons-nous vraiment nous ?
Si j'ai envie de choisir un nouveau loisir parce que quelqu'un m'en a parlé : j'ai vraiment envie de le faire, ou je n'ai juste aucune espèce d'originalité et suis juste un copieur ?
Si un ami me conseille des morceaux de musique que je ne connais pas mais que je me mets à aimer : je les aime vraiment, ou j'aime ce qu'ils représentent et l'amitié à travers eux ?
Si j'aime une activité à un moment donné, elle participe à ma construction. Mais si je ne la pratique plus, elle m'a construit mais ne me construit plus ? Comme la trilogie de "Retour vers le futur" que j'ai adorée mais ne regarde plus du tout... je ne l'aime plus ?

"Je vis de notes et je vis de lumière, je virevolte à vos cris, vos mains. La vie m'emporte au creux de tous ses mystères, je vois dans vos yeux mes lendemains" (Destin, Céline Dion)

Si je chope celui qui m'a déterminé à aimer le café, à me poser des milliards de questions en permanence, à être un tantinet hyperactif, à ne pas savoir attendre le soir avant de débarrasser la table, à être parfois souvent d'humeur ronchonne, à avoir un humour et des goûts musicaux particuliers... 

Remarquez, je serais encore capable de me co-construire à son contact... (Et vu les goûts musicaux de mes parents, je pense que j'ai trouvé les responsables...)

Ou alors, nos contacts, nos activités, ne sont que des catalyseurs qui nous permettent de nous atteindre et nous connaître nous mêmes ?
Un catalyseur, c'est un élément qui participe à une réaction ou un évènement en accélérant sa réalisation, mais en ressort parfaitement intact.

J'aime l'idée de me dire que ceux que je côtoie sont des catalyseurs qui m'aident à être moi. J'aime l'idée de cette co-construction, couplée à l'idée qu'ils ressortent parfaitement intacts de leur contact avec moi.
Sinon, je vais culpabiliser pour la musique, les questions... et l'amour du café, que je n'ai toujours pas bu...