lundi 20 juillet 2015

Qu'elle soit elle

"Qu'elle aime aussi ses inquiétudes, c'est une qualité que j'ai. Sans fausse modestie aucune, une que je voudrais qu'elle ait" (Qu'elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)

Les vacances. Le soleil. Le repos. 
C'est aussi le moment de faire un arrêt sur images. De voir les zèbres en continu et les regarder grandir sereinement. 

C'est aussi le moment, pour moi, de me rendre compte que, comme le dit mon expression préférée, les chiens ne font pas des chats...

Mes grands zèbres me rappellent des bribes de l'adolescent que j'étais. Je me retrouve dans certains aspects de leur personnalité ou de leur caractère. Dans la complicité entre nous aussi. Je retrouve aussi (beaucoup) du caractère de Mme Calaf' , des aspects de personnalité que j'ai aimé et aime chez elle. Comme si je pouvais déjà voir poindre l'adulte qui sommeille en eux et arrivera, j'en ai peur, beaucoup trop vite à mon goût. 
J'imagine que mes parents ont dû vivre des moments similaires. 

La dernière zébrette ne tient pas en place. Elle a besoin d'avoir l'esprit occupé. Comme je le dis à Mme Calaf' , elle a besoin d'être nourrie en permanence. Pas d'alimentation physique (quoique je pense qu'elle aimerait beaucoup avoir des bonbons à disposition en continu) mais de nourriture intellectuelle. 
Besoin de comprendre les choses. Besoin de savoir comment cela fonctionne. 
Besoin aussi d'avoir raison. Pas méchamment. Juste pour ne pas avoir tort, pour ne pas s'être trompée. Être infaillible pour ne pas décevoir. Avoir raison pour qu'on soit fier d'elle. 

"On voudrait bien qu'ils soient à notre image. On voudrait bien qu'ils soient un autre soi" (Qu'elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)

Je me vois enfant. Elle est moi. 
Non elle est elle, mais nous avons un caractère tellement semblable. 
C'est une hyperactive en puissance. 
Elle a oublié d'être bête, mais se met une pression terrible. Elle veut bien faire. L'erreur ne fait pas partie de ses objectifs, encore moins de ses tolérances. 
J'ai un peu peur de trop bien connaître ce qui l'attend. 
Les doutes, les incertitudes, la pression, l'angoisse de performance..
J'aurais envie qu'elle apprenne à se détendre et ne pas avoir envie de vieillir trop vite. Qu'elle ne se dise pas qu'être adulte ça doit vraiment être génial alors qu'elle n'a que 7 ans. 
J'aurais envie de lui éviter cela, comme j'aurais envie que mes trois zèbres soient toujours heureux et en bonne santé. 

Mais quand on a la chance de pouvoir donner la vie, c'est pour laisser la chance à celui qui l'obtient de vivre la sienne. 
Alors, je vais juste tenter de la canaliser. De lui transmettre mon optimisme, comme Mme et moi l'avons transmis aux deux grands. 

"Que ça continue même après la page, mais qu'elle soit elle, et le mieux qu'elle pourra" (Qu'elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)

Ma petite rêveuse. 
Mes trois zèbres. 
Les vacances en famille. 
Je vous aime. 

dimanche 12 juillet 2015

L'effet papillon - Episode 2

Cher lecteur, avant même de commencer ce billet (que j'ouvre traditionnellement pas une citation de chanson), je préfère te mettre en garde :
Si tu n'aimes pas l'optimisme acharné avec une pointe de bisounourserie, ne perd pas ton temps à lire la suite.
Dans le cas contraire...

(Es-tu prêt à faire le grand saut ? Prépare-toi, ne regarde pas en arrière. Oui, je suis prêt à faire le grand saut, prends juste ma main. Prépare-toi... tu es prêt ?)

Ne pas regarder en arrière, c'est difficile. Surtout pour prendre un peu de recul sur sa propre trajectoire. Parce que des "grands sauts" on en fait régulièrement, même sans s'en rendre compte.
J'avais déjà commencé un peu lors de "l'épisode 1" de l'effet papillon. C'était en 2012.
Nous sommes en 2015, et l'effet papillon s'est poursuivi.

Flashback.

(Parce que l'amitié que vous m'avez donnée m'a appris à être courageux, peu importe où je vais, je ne trouverai pas de meilleur récompense)

J'avais arrêté mon billet à l'aube de l'opération #PrivésDeDéserts. Pardon pour ce côté nombriliste, mais je vais expliquer l'effet papillon qui est intervenu dans ma petite existence, et je me garderai de parler de politique ici.

Etant l'un des "non-anonymes" parmi les 24 blogueurs, j'ai accepté avec plaisir de répondre aux sollicitations d'interviews visuelles.
Un mardi matin (l'empereur, sa femme et le petit prince...) au beau milieu de mes visites à domicile, je reçois un coup de téléphone de ma secrétaire.
"Bonjour Docteur. J'ai eu un coup de téléphone de Benoît Thévenet qui dit être du Magazine de la Santé de France 5. Il voulait votre numéro de portable. J'ai refusé de le lui donner. Alors il a demandé que vous le rappeliez au 06...."

Oui, j'ai la chance d'avoir deux secrétaires qui appliquent à la règle les consignes : on ne donne pas le numéro de portable aux non médecins. Bon, ok, j'aurais dû écrire une liste d'exceptions avec le nom de Benoît Thévenet dessuss. En même temps, je ne m'attendais pas à son appel.
Je me suis garé dans une rue de Tourcoing (oui, parce que mon esprit a la fâcheuse tendance à mémoriser des détails vachement importants...) et je l'ai rappelé.
Il voulait savoir s'il était possible que j'intervienne dans l'édition du jour du Magazine. Etant en banlieue lilloise, cela faisait un peu juste pour venir en plateau, et nous avons convenu de réaliser une interview par webcam.
J'ai donc fini mes visites, je suis rentré chez moi et j'ai répondu présent à cette interview depuis... ma cuisine (oui, ça ne se voyait pas sur la vidéo, mais c'était la pièce la plus éclairée et neutre qui captait mieux le wifi...)

Quelques mois plus tard, il prépare avec son équipe un documentaire d'Enquête de santé sur la médecine générale et me demande si j'accepte de répondre à quelques questions de Claire Feinstein.
J'accepte avec plaisir, et je profite d'une réunion ministérielle à Paris pour faire un crochet par leurs studios.
L'interview se passe bien (même si je suis un peu stressé et que j'ai un peu chaud) et le documentaire qui en résulte était vraiment bien construit (je vous vois venir : non, ce n'est pas parce que j'y parle deux minutes...)

Quelques jours plus tard, nous sommes au mois de juin, nouvel appel pour me proposer de participer à l'enregistrement d'un numéro du Magazine de la Santé des vacances. Enregistrement en juillet. J'accepte avec grand plaisir. L'idée de faire une émission de télé, je trouve ça génial (et mes enfants sont persuadés que du coup je participerai à Fort Boyard).

L'enregistrement a lieu en juillet, avant de le débuter, Benoît me dit en clin d'oeil "Je suis désolé je ne peux rien faire pour Fort Boyard".
Sur le plateau, je fais la connaissance d'une chroniqueuse, et d'un médecin urgentiste.
Pendant l'enregistrement qui se passe "dans les conditions du direct", un reportage passe le message que dans une trousse de vacances, c'est bien d'avoir de l'ibuprofène en cas de fièvre. 

"Non, non, tout mais pas ça, tais-toi, tais-toi donc, ne raconte pas ça !" (Tout mais pas ça, L'Affaire Louis Trio)

Je croise le regard de l'autre médecin et d'un coup d'oeil je vois que nous sommes d'accord : PAS D'ANTI INFLAMMATOIRE en cas de fièvre sans avis médical.
Benoît nous fait donc intervenir à la fin du reportage. 
Il a l'air bien sympa ce médecin qui a un nom de famille aussi compliqué que le mien visiblement.
L'enregistrement se termine. Petit selfie pour l'occasion avec mes collègues d'une émission.
Je remercie Benoît, et l'autre médecin. Un certain Gérald Kierzek. C'est sympa de discuter avec un urgentiste qui dit que nos métiers sont vraiment complémentaires.

Le soir même, j'envoie un tweet de remerciement de m'avoir fait vivre cette expérience.
Et nous avons continué à échanger, partager nos visions, au point d'imaginer des projets de travail en commun qui prendront forme un jour prochain, j'espère.

(La popularité, je connais : ce n'est pas qui tu es ni la classe de ta voiture. Tu ne seras jamais personne d'autre que celui que tu étais. La popularité, je connais, et tout ce que tu dois faire, c'est être en accord avec toi-même. C'est tout ce que tu as besoin de savoir).

J'écoute Europe 1 depuis des années. J'étais gamin quand, sur la route des vacances, nous écoutions déjà Europe 1 sur les grandes ondes (celles qui faisaient qu'on ne captait pas bien quand on passait sous un pont... et ouais... je suis si vieux que ça pour avoir connu les Grandes Ondes avant la FM !)
En grandissant, j'ai continué à écouter. A me réveiller avec cette radio.
J'écoute aussi sur le trajet entre deux visites, le matin ou l'après-midi, ou sur le trajet qui me mène à l'Université où je travaille également.


J'ai pris plaisir à y entendre Gérald chez Jean-Marc Morandini dans "Le Grand Direct de la Santé" parce que je trouvais que la vulgarisation médicale était bien faite et claire.
Il me semble important de faire passer des messages médicaux au grand public, sans utiliser des termes compliqués qui nous donnent l'air vachement intelligents, mais laissent les non-médecins sur le côté, alors qu'ils ont le droit de comprendre les notions médicales.


J'avoue aussi qu'il m'arrive pendant les émissions d'envoyer un SMS à Gérald pour commenter les chroniques. Je me suis toujours demandé d'ailleurs si les portables ne gênaient pas trop la prise de son.

Et un jour, il m'appelle en me demandant si j'accepte qu'il donne mes coordonnées à Europe 1 pour tourner un pilote en vue de peut-être devenir chroniqueur.
Heureusement qu'il n'a pas demandé à ma secrétaire, elle aurait refusé de donner mon portable, n'ayant pas mis Europe 1 sur la liste des exceptions.

Vous imaginez bien que j'ai accepté, tout en restant très flegmatique quand j'ai reçu l'appel de Guillaume Garnier (même si bon... bref... je vais passer le détail de ce que je faisais quand j'ai reçu l'appel)... J'étais comme un gamin qu'on lâche dans un magasin de bonbons une fois raccroché.
J'allais enregistrer un pilote à Europe 1 ! Moi !
Parce que, de la famille Calaf', celui qui a toujours été branché radio, et réussira à y entrer un jour j'en suis sûr, c'est mon frangin.

Je suis allé faire le pilote. Nous étions plusieurs à tenter pour plusieurs postes disponibles. J'y ai même croisé un Twittos pas vu depuis un moment, et que j'étais content de revoir.
L'animateur était Thomas Joubert. Celui qui sera aux commandes de l'émission tout l'été. Il nous a mis complètement à l'aise et c'était une expérience très sympathique. (S'il lit ces lignes, j'espère qu'il appréciera les références musicales très "Top50")

"Juste une mise au point sur les plus belles images de ma vie" (Juste une mise au point, Jakie Quartz)

Oui, petite mise au point, parce que je vois venir certains d'entre vous.
Je parle d'Europe 1 en en faisant l'éloge.
Et je commence ma première chronique demain, lundi, à 11h.
Donc... ai-je un conflit d'intérêt ?

Alors, le plus naïvement du monde, je vais devoir vous avouer que je vais demain sans même savoir si je serai ou même combien je serai payé pour ce "job d'été".
Si je dis du bien de cette radio, c'est que je l'écoute réellement, avec plaisir.
Cela me rend encore plus heureux d'en faire partie, du coup.

Alors, bien sûr, je sais que je dois m'attendre à pas mal de remarques, de tweets ou autres, sur le contenu de mes chroniques, sur le fait que "Tu es généraliste et tu viens parler de ... (mettez ici tout sujet qui peut sembler "anodin") au lieu de parler qu'en médecine générale nous faisons aussi (mettez ici tout sujet qui peut sembler être de la médecine noble)"

Je le sais. C'est inévitable.

Mais l'effet papillon de cette première chronique demain... ce sera quoi ?
Un job d'été sans lendemain ? Un participation récurrente au-delà de l'été ? Fort-Boyard ? (Pour faire plaisir à mes zèbres s'ils me lisent)

Je n'en sais rien. Et à vrai dire... je ne me pose même pas la question. Je vais prendre plaisir à aller à Europe 1 pendant l'été. Je vais essayer de faire mon travail le mieux possible.
J'ai l'immense chance d'être soutenu par ma femme (qui ne se fatigue pas encore trop de mon hyperactivité...)

Et quoi qu'il arrive, j'aurai déjà tellement de choses à raconter aux zèbres de mes zèbres !

dimanche 28 juin 2015

Ô temps ! Suspends ton vol...


"Une rose pour la vie, une rouge pour l'amour, une noire pour la nuit et une bleue pour le jour. Une jaune pour être speed, une mauve pour être cool, orange pour le rire et marron pour les moules. Une blanche pour être bien, une verte pour la route et Jeanine Jeanine Jeanine pour éviter le pire" (Jeanine médicament blues, Jean-Jacques Goldman)

"Vous n'avez pas des vitamines pour donner un coup de fouet ?"
"Vous pouvez me donner quelque chose pour ouvrir l’appétit ?"
"Je ne dors que 5h par nuit. Comme je me couche à 21h, je suis debout à 2h du matin. C'est long. Donnez-moi quelque chose"

Combien de fois entend-on ces questions ?
Il existerait donc des médicaments miracles que nous, médecins, refuserions de prescrire de façon habituelle, et que nous ne réserverions que pour les patients qui nous supplient ?
Un peu comme une baguette magique que l'on pourrait dégainer, un lapin à sortir du chapeau, genre "Ta-dam ! Surprise ! Allez, rien que pour vous, voici le médicament miracle !", alors qu'il m'arrive souvent, face à des patients âgés, de me sentir impuissant : j'aimerais pouvoir leur venir en aide, soulager leurs douleurs, mais ils ont déjà tous les traitements possibles et imaginables. 

Certains vendeurs peu scrupuleux ont flairé le filon et ont investi les journaux spécialisés "lecteurs d'âge mûr" à grands coups de publicité vantant les mérites des poudres de perlimpinpin à base de cartilage de requin (parce que le requin, il n'a pas mal aux articulations alors c'est bon mangez-en) ou de je ne sais quel extrait de plante qui porte un nom compliqué (parce que ce que vous ressentez c'est compliqué à décrire aussi, il faut au moins une plante compliquée pour en venir à bout). 

Placer encore le médicament au centre de tout. Tout le temps. 

Attention : je ne suis absolument pas un anti-médicament ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. 
Je dis juste qu'il n'y a pas de médicament à donner pour ce qui n'est pas une maladie : le vieillissement. Donner des médicaments pour soulager les symptômes oui, mais l'arsenal thérapeutique vraiment efficace est limité. 



"Time keeps running away, no matter what's left behind, it keeps on moving. Tomorrow is not in today and all of your yesterdays are only a matter of time" (Time, Anastacia)
(Le temps continue de s'écouler, peu importe ce qu'il laisse derrière lui, il continue d'avancer. Demain n'est pas aujourd'hui, et chaque hier n'est qu'une question de temps)



À l'heure de la performance obligatoire et de la pression de performance dans tous les actes de la vie quotidienne, vieillir et en avoir les désagréments qui peuvent survenir au gré des années, c'est presque devenu une marque de faiblesse.
Alors que bon, vieillir, c'est vieillir. C'est naturel, c'est physiologique. 
Bien sûr, c'est pénible, parfois même très pénible, pour les patients qui souffrent. Mais il n'y a rien que nous puissions faire à ce sujet. 

Rien à part le prévoir. L'accepter. Et vivre avec.
"On vieillit comme on a vécu" disait l'un de mes profs de fac. Autant vivre en acceptant les choses plutôt que de se battre contre des moulins à vent.


"Notre père qui êtes si vieux, as-tu vraiment fais de ton mieux ? Car sur la terre et dans les cieux, tes anges n'aiment pas devenir vieux" (Cendrillon, Téléphone)


Personne n'aime devenir vieux. On voudrait tous rester jeunes, en bonne santé. Combat perdu d'avance.
"Le souci c'est que votre esprit a 20 ans, mais votre corps 80... et dans ces cas-là, c'est le corps qui gagne la partie" est une phrase que je dis de temps en temps. Elle fait sourire les patients, qui me répondent "oui, vous avez raison, c'est un peu ça".

Alors mon message du jour : profitez de chaque instant sans regretter le précédent ni trop anticiper le suivant. Nous sommes tous chaque jour un peu plus vieux...

D'ailleurs, va falloir que je me rase le visage : des poils blancs dans ma barbe, c'est vraiment la loose.
Et puis faudrait que j'aille faire un tour en vélo... et courir un peu aussi...
Il n'y aurait pas quelque chose pour me donner un petit coup de fouet là ? Je manque un peu d'énergie, et j'arrive de moins en moins à dormir longtemps le matin, même le week-end...

Ah ! J'ai trouvé : une bonne tasse de café !

mercredi 15 avril 2015

Et dix de der

"Lately I've been, I've been losing sleep, dreaming about the things that we could be" (Counting stars, One Republic)
(Récemment j'ai perdu le sommeil, en rêvant à ce que nous pourrions être)


Nous pourrions avoir le temps. Plein de temps.
Si nous prenions la peine de ne pas tenir compte de ce truc qu'on appelle "relations sociales" dans lequel on retrouve la famille, les amis, les relations de travail...
Bref, que de temps perdu.
N'avoir de compte à rendre à personne, c'est ça la clé du bonheur, non ? Avoir tout le temps qu'on veut, tout le temps.
Mais tout le temps pour quoi du coup ? Etre un ermite, ça laisse plein de temps pour accomplir plein de réalisations différentes. Mais si personne ne les regarde, ça sert à quoi ?

Il m'arrive de réfléchir aux choix que l'on peut faire. Ceux qui nous amènent là où nous sommes. Je suis persuadé, mais c'est une opinion purement personnelle, que nous avons une espèce d'étoile qui nous guide et nous pousse à parfois faire des choix, sans trop savoir pourquoi, mais qui s'avèrent être les bons pour nous.

Un peu comme dans un film, un peu à l'eau de rose, un peu gentillet-bisounours, que j'ai vu il y a quelques années mais qui m'avait marqué.



Certains choix changent une vie. Certains événements parfois insignifiants se révèlent ensuite d'une importance capitale.
L'effet papillon. Le titre d'un autre film, et le sujet d'un (vieux) billet ici

"Where is the moment we needed the most ? You kick up the leaves and the magic is lost. They tell me your blue skies fade to grey, they tell me your passion's gone away, and I don't need no carryin' on" (Bad day, Daniel Powter)

(Où est ce moment dont nous avions le plus besoin ? Un coup de pied dans les feuilles et la magie est perdue. Ils me disent que ton ciel bieu est devenu gris, ils me disent que ta passion s'est envolée, et je n'ai pas besoin de continuer)


Ah cette chanson...
Très particulière parce qu'elle me rappelle ma première zébrette, du haut de ses 5 ans, qui chantait ça en marchant dans une galerie marchande...
Très particulière aussi parce que son texte (oui, j'aime les chansons qui ont une histoire à raconter...) nous confronte à un vécu que nous avons toutes et tous déjà eu.
Une belle petite journée de merde...
Donc nos choix ne sont pas forcément les bons ? Mais comment on fait pour savoir ?

"Well life has a funny way of sneaking up on you when you think everything's okay and everything's going right. And life has a funny way of helping you out when you think everything's gone wrong and everything blows up in your face" (Ironic, Alanis Morissette)
(La vie a une drôle de façon de t'approcher quand tu penses que tout se passe bien et qu'effectivement tout va bien. Et la vie a une drôle de façon de t'aider quand tu penses que tout est allé de travers et tout t'éclate au visage)

La loi de l'emmerdement maximum, la loi de Murphy...

Si on a tous ces moments là, comment réussit-on à les surmonter ?
Seul en ermite ? Ou entouré de ses fameuses "relations sociales" ?
J'ai ma réponse.
Quand je ferme la porte de chez moi le soir, j'entre dans ma bulle. Avec Mme et mes zèbres. Ils savent dire ce qu'il faut. Ils savent quand j'ai, assez égoïstement, besoin de réconfort.
Un bulle de survie.


"Y'en a qui grimpent en l'air pour un peu plus d'silence. Y'en a qui vivent sous terre où ça hurle, où ça danse. Y'en a qui pointent les comptes quand d'autres comptent les points. Y'en a qui lèvent des croix pour ceux qui n'y croient pas" (A quoi tu sers, Jean-Jacques Goldman)

Il y a des patients qui aiment le sport. D'autres qui aiment la belote. D'autres encore la belote dans des clubs de 3ème âge. D'autres la musique. D'autres la télé.
On peut trouver inintéressant ce que fait l'autre. Puis la belote, punaise, c'est ringard quand même, non ?
C'est signe que l'on n'écoute pas l'autre dans ce cas.
Le monde, leur monde, tourne autour de cela.
Ne pas juger, mais comprendre qu'ils ont trouvé comme cela leur équilibre. C'est leur trépied à eux.

Quel est le vôtre ?
Et mes collègues médecins, vous en avez un ?
Si votre dada c'est de consulter jusque 20h parce que vous aimez ça et que c'est votre équilibre, faites-le.
Mais ne le faites pas à contre-cœur. Ne le faites pas si vous vous sentez investi d'une "mission". Ne le faites que si vous le voulez, pas parce que quelqu'un vous y oblige. Sinon, un jour ou l'autre, de préférence un "bad day", votre équilibre risque de vaciller...


Encouragez vos patients, vos amis, vos proches, à vivre par passion, pas par dépit.
Ecoutez cette "bonne étoile". La mienne me souffle de l'optimisme dans l'oreille.
Et aussi que je dois me dépêcher pour aller à la répétition de mon groupe vocal.
Comment le chant A Cappella c'est ringard ?

dimanche 1 février 2015

Minoritaire

"J'sais plus, j'sais plus, si je crois en l'homme ou si je crois plus, si Dieu est encore dans ma rue. Oh, j'sais plus, je suis perdu" (J'sais plus, Comédie musicale Roméo et Juliette)

On va mettre une bonne fois les pieds dans le plat, dès le début de la discussion.
Je vais parler un peu de politique de santé.
Je parle en toute franchise, j'espère en connaissance de cause.
Je parle aussi librement, on ne m'a pas promis monts et merveilles pour écrire ce billet (en gros, je ne déclare aucun conflit d'intérêt pour appeler un chat un chat).

De même, je suis président d'un syndicat d'enseignants de médecine générale, mais si je parle ici, c'est en nom propre. "Mes propos n'engagent que moi" selon la formule consacrée.

J'avais annoncé fin 2014 que je participais au mouvement de grève, car je ne retrouvais pas de traduction dans le projet de loi de santé de la stratégie nationale de santé.
Pour faire court : avant le projet de loi, il y avait eu un travail (la stratégie nationale de santé) qui mettait enfin noir sur blanc des progrès pour l'enseignement de la médecine générale. Par contre dans le projet de loi, plus rien, ou si peu.

"C'est l'effet papillon petites causes, grandes conséquences. Pourtant jolie comme expression, petites choses dégâts immenses" (L'effet papillon, Bénabar)

Parce que oui, ne rien faire pour l'enseignement de la médecine générale, c'est aller au devant de catastrophes immenses.
Les généralistes qui liront cela seront je pense d'accord.
Pour ceux d'entre vous qui n'êtes ni médecin, ni du milieu médical, vous allez vous demander pourquoi je parle d'un scénario catastrophe. Parce que bon, un médecin généraliste, ça se forme à la faculté de médecine. Depuis des années même. Ce que les français veulent c'est qu'il y en ait un peu plus qui s'installent. Le reste... ce n'est pas qu'ils s'en moquent, c'est qu'ils ne voient pas trop l'intérêt de partir en guerre pour ça, vu que de toute façon les futurs médecins sont formés, quoi qu'il arrive.
Pour faire (de nouveau) plutôt court, et pardon aux amis médecins d'autres spécialités qui me liront pour le raccourci que je vais faire, mais jusqu'à il y a encore peu, les futurs médecins généralistes étaient quasi exclusivement formés à l'hôpital.

On forme bien à l'hôpital. On forme même à l'excellence dans les Centres Hospitalo-Universitaires (CHU). La médecine française est l'une des meilleures au monde de ce point de vue-là d'ailleurs.
Mais à l'hôpital on forme bien... des médecins hospitaliers, CQFD.
A l'hôpital on ne forme pas à la médecine de ville car la médecine de ville s'exerce... en ville, Re-CQFD.

Faisons une comparaison, sans doute un peu maladroite, mais peu importe, c'est juste pour comprendre l'idée.
Formons une jeune fille à la coiffure pour femme (oui, taxez-moi avec une alerte "gender" si vous voulez, ou simplement arrêtez de vous prendre la tête et remplacez femme par homme et vice-versa dans le texte, ça marche aussi). Je fais une spéciale dédicace à ma belle-sœur car c'est elle qui m'a apporté cette fameuse comparaison en me parlant de son métier de coiffeuse (justement) il y a quelques années.
Apprendre les coiffures féminines nécessite d'apprendre toute une technique, spécifique.
On ne coiffe pas les hommes comme on coiffe les femmes (enfin, de manière générale).
D'accord, on coupe toujours des cheveux, ça revient à la même chose. On travaille le cheveux.
Mais messieurs allez vous faire couper les cheveux chez un coiffeur pour femme, ou mesdames, allez vous faire coiffer les cheveux chez un coiffeur pour homme...
Vous verrez rapidement que le coiffeur sera sans doute un peu embêté, ne saura pas forcément comment faire. Il choisira peut-être de vous orienter vers un autre coiffeur, plus spécialisé. Ou il tentera de vous couper les cheveux quand même.
Certains seront doués, de façon presque innée, et le résultat sera presque parfait.
D'autres feront de leur mieux. Ce ne sera peut-être pas extraordinaire au début, mais petit à petit avec l'expérience, le résultat sera plutôt pas mal du tout.
D'autres, choisiront de ne pas sortir des sentiers battus, et de rester là où ils ont été formés, parce que ça, ils savent faire, et que c'est moins stressant que d'aller là où on ne sait pas ce qu'il faut faire.

Voilà, fin de la comparaison.
Vous aurez deviné que pour les futurs généralistes, c'est pareil : on les forme presque uniquement à l'hôpital.
Et le jour où ils peuvent voler de leur propres ailes, certains s'installent, beaucoup choisissent de rester à l'hôpital, là où ils connaissent bien le fonctionnement. C'est plus rassurant d'être dans un milieu où on possède des routines. Ce n'est pas plus reposant, loin de là, mais au moins c'est un milieu connu.

Donc, dans le projet de loi, si on ajoute vraiment de quoi former les futurs généralistes dans les cabinets de médecine générale, de quoi leur apprendre leur futur métier de "médecin de ville", et par ceux-là même qui exercent ce métier, on aura un effet papillon... mais sous forme d'un cercle vertueux !
Il faudrait même pouvoir augmenter les contacts dès le début des études avec les enseignants de médecine générale. Pour que tous les futurs médecins, généralistes ou autres spécialistes, connaissent comment fonctionne vraiment la médecine "de ville".

"Tellement d'erreurs qu'on pourrait s'éviter, si l'on savait juste un peu patienter. Donne-moi le temps, d'apprendre ce qu'il faut apprendre. Donne-moi le temps, d'avancer comme je le ressens" (Donne-moi le temps, Jenifer)

Avoir le temps de travailler, de consulter, d'écouter les patients.
Sauf qu'actuellement, "en ville", le temps c'est de l'argent. Comprenez : plus on voit de patient dans une journée, plus on est payé. Plus on multiplie les actes (les consultations), plus on est payé.
C'est le paiement à l'acte.
C'est absurde.
C'est ubuesque.
Relisez ces quelques lignes : je n'ai pas dit "mieux on travaille, plus on est payé". Non. Il suffit juste de multiplier les actes. A l'envi.
Je fais entre 20 et 25 actes par jour, au prix de journées de travail remplies.
Je gagne moins que certains confrères qui font 60 actes par jour, avec des horaires à peine plus denses que les miens.
Je me console en me disant que je travaille mieux.
On se console comme on peut...
Sortir du paiement à l'acte serait une grande avancée pour les médecins, à mon sens. Mais aussi (voire surtout) pour les patients.

"J´passe la moitié de ma vie en l´air, entre New York et Singapour, je voyage toujours en première. J´ai ma résidence secondaire dans tous les Hilton de la Terre. J´peux pas supporter la misère" (Le Blues du Businessman, Starmania)

Je pense que beaucoup de patients aimeraient pouvoir chanter cela.
Certains de mes patients me demandent parfois si je peux encaisser leur chèque un peu plus tard. Même si je ne leur fait payer que ce qui dépend de leur mutuelle, soit 6,90€, pour certains d'entre eux, c'est déjà trop.
J'ai choisi ce métier pour l'humain. Pour soigner. Je ne supporte pas la misère, mais pas dans le même sens que la chanson. Je ne veux pas que l'argent empêchent mes patients de venir se soigner.
Bien sûr, comme tout le monde, j'ai envie de gagner ma vie. Et de compenser financièrement le mal que je me suis donné durant toutes mes études, puis au quotidien avec des journées de travail chargées.
Par contre, si je peux me libérer de cette impression de bien gagner ma vie en retirant 6,90€ du porte-monnaie déjà vide de mes patients, ça me plairait assez.
Déconnecter "le soin que j'apporte à mes patients" de "c'est le patient qui me paye" me conviendrait bien.
A quelques conditions toutefois :
- Que celui qui me paye ne me noie pas sous la paperasse pour être payé. Sinon, l'être humain étant fainéant par nature, et étant moi-même un représentant de l'espèce humaine, une partie de mes grands principes fondraient comme neige au soleil... (Comprenez : le tiers payant généralisé ou TPG, je suis pour, si c'est une solution simple comme bonjour)

- Que les patients n'en profitent pas en se disant "Chic ! On ne paye plus le docteur, allons-y tous les jours, c'est gratuit !" Bon, ce ne sera pas vraiment gratuit. Les cotisations sociales servent à cela, mais cela deviendrait moins visible.

Sur ce point, petit rappel historique : quand la CMU a été décidée et mise en application, tout le monde (moi le premier) était persuadé que le nombre de consultations allait grimper en flèche de la part de ces patients qui n'attendaient qu'une seule chose au monde : pouvoir faire la queue des heures en salle d'attente pour voir le médecin gratuitement...
Toutes les études faites à ce sujet le montrent très clairement : la première année, le nombre de consultation a augmenté. Tout s'est stabilisé dès la deuxième année.
Donc, les patients ayant la CMU ont abusé des soins ? CQFD ?
Non, les patients qui ont obtenu la CMU sont juste venus se soigner... alors qu'ils ne le faisaient pas avant, car n'avaient pas les moyens.
Et il en sera de même si le TPG entre en application : je peux prédire une hausse du nombre de consultations la première année.

Peut-être que nous devons, nous médecins, balayer aussi devant notre porte : éduquons nos patients à leur santé, apprenons-leur à ne pas consulter pour des problèmes bénins. Rendons-nous "moins indispensables" pour les petites infections virales de l'adulte (parce que, grand scoop : le MAXILASE et autre trucs sur certaines ordonnances... et bien ça ne sert à rien... un rhume ça se soigne avec le temps et un peu de paracétamol. C'est tout...)

"Peu a peu j'ai compris les données du débat, que rien ne bouge et l'égalité par le bas. Et tant pis si la foule gronde, si je ne tourne pas dans la ronde. Papa quand je serai grand je sais que je veux faire : je veux être minoritaire. J'ai pas peur, j'ai mon temps mes heures, un cerveau un ventre et un cœur. Et le droit à  l'erreur" (Minoritaire, Jean-Jacques Goldman)

Je me souviens bien d'une discussion avec Eric, un co-interne il y a quelques années, et ami actuel que j'admire. Cette discussion disait en substance que si le système entier (la sécurité sociale) venait à se casser la figure, à titre purement égoïste, nous aurions encore les moyens de nous soigner, parce que notre niveau de vie nous le permettrait.

Ce soir, les internes de médecine générale ont voté la grève. Ils exigent le retrait du TPG du projet de loi.

...
...

Ils n'exigent pas, dans ce communiqué de presse, l'effet papillon vertueux dont je parlais au début de ce billet.
Ils n'exigent pas d'être mieux préparés à leur futur métier.
Ils n'exigent pas de pouvoir soigner les patients, peu importent leurs revenus ?
Ils exigent la défense du système libéral actuel ?

Les négociations que nous avons toutes et tous réclamées sont enfin ouvertes. On ne peut pas réécrire l'histoire et faire que ces négociations soient ouvertes depuis des mois.

Nous pouvons écrire l'histoire, en pesant de tout notre poids dans les négociations. En martelant nos exigences.

J'avoue que, ce soir, je suis perdu.
C'est cela, être minoritaire ?

"Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera" (Serment d'Hippocrate)

Nulle part il n'est écrit que le patient devra payer son obole obligatoirement, sous peine de perte de l'autonomie du médecin.
Or, ce soir, il me semble qu'il ne s'agit plus que de cela, dans la bouche de la majorité de mes confrères.

samedi 6 décembre 2014

Enough is enough (Trop c'est trop)

"Il existe un monde virtuel et différent, où chaque seconde fait de nous des combattants. Notre seul espoir est de tout reprogrammer. On ira, on saura sauver notre existence, se donner une chance de tout effacer. On ira, on saura sauver notre existence pour refaire un monde sans danger [...] On vous promet de donner le maximum, contre la menace et de sauver tous les hommes" (Un monde sans danger, Générique TV de "Code Lyoko")

Ok, ok..
Je veux commencer un billet des plus sérieux et je cite en tout premier le générique d'un dessin animé que mes zèbres adorent...
Mais à bien y regarder je me dis que les paroles collent parfaitement au sujet que je veux aborder...
Une idée ?...

La future Loi de Santé, qui devrait être débattue en 2015 à l'assemblée.
Le monde virtuel et différent serait pour moi le monde un peu feutré (en tout cas tel que je le perçois) des cabinets ministériels. Je me demande lequel d'entre eux a déjà mis les pieds dans un cabinet de médecine générale toute une journée...

Lors de la présentation de la Stratégie Nationale de Santé, qui faisait office de travail préparatoire à la future loi, j'étais plein d'espoir. Je me disais qu'enfin, les choses bougeaient.
Notre ministre donnait le sentiment de vouloir sortir de l'hospitalocentrisme, sans pour autant faire de l'hospitalobashing.
Juste faire une juste place à la médecine ambulatoire à côté, et non à la place, de la médecine hospitalière.

Et la traduction dans le projet de loi de santé ? Exit tout ce qui donnait espoir, ou presque.
Toute l'attention a été focalisée sur le Tiers Payant Généralisé (TPG) parce que c'est vendeur, que les médias aiment bien, et que ça fait un peu le remake de Germinal de Zola... Les nantis versus le petit peuple.

Alors parlons tout de suite du TPG. Ce sera fait et on pourra (enfin) discuter du reste.
Je l'ai d'ailleurs promis à un ami qui s'étonnait que je sois "contre" cela.
Je ne suis pas contre.
Pas du tout, même. 
Je pratique DEJA le tiers payant. D'accord, sur la part obligatoire, ce qui fait que les patients qui n'ont ni CMU, ni Affection Longue Durée (ALD) prise en charge à 100%, je leur demande de régler 6,90€.
C'est cette somme que leur mutuelle leur remboursera, s'ils ont une mutuelle.
Parfois, des patients en grande difficulté me demandent s'ils peuvent me régler avec un différé, me demandent d'encaisser un chèque un peu plus tard ou même, promettent de venir me régler dans quelques jours ces 6,90€ et ne viennent pas.
Heureusement qu'ils ne le font pas tous, sinon, je mettrais la clef sous la porte...

Alors, de fait, si on me propose une solution de TPG, qui permettra aux patients défavorisés (trop pour me payer ces 6,90€ mais pas assez pour bénéficier de la CMU) je suis d'accord.
Mais là où je commence à coincer un peu, c'est quand je me demande comment je vais récupérer ces fameux 6,90€ ... enfin ces x fois ce montant, pour chaque patient.
Car il existe plusieurs centaines de mutuelles en France. Si je dois me fendre d'un courrier pour chacune des mutuelles pour réclamer ce montant là... Multiplié par le nombre de patient....

"Maman dit que lorsqu'on cherche bien, on finit toujours par trouver. Elle dit qu'il n'est jamais très loin, qu'il part très souvent travailler. Maman dit travailler c'est bien, bien mieux qu'être mal accompagné, pas vrai ? Où est ton papa? Dis-moi où est ton papa !" (Papaoutai, Stromae)

"Oh mais ça ne prend que cinq minutes, enfin ! Et les pharmaciens le font déjà !"
Oui, 5 minutes par patient. J'en vois en moyenne au moins 20 par jour.
Je rajoute donc 1h40 de travail par jour.
Travailler plus pour gagner... ? Rien en plus... et passer moins de temps en famille... 

Citez-moi une seule profession qui accepterait de passer près de deux heures de plus de travail par jour pour ne rien toucher de plus.
A ma connaissance, en France, il n'y en a pas...
On va vachement donner envie aux jeunes de venir s'installer en médecine générale avec ça, c'est sûr...

Et c'est là que le politique est habile. Si nous, médecins, refusons le TPG, nous sommes ces riches nantis qui ne veulent pas aider la population.
Si nous acceptons le TPG, il n'existe AUCUNE garantie à l'heure actuelle qu'il soit simple à réaliser et ne nous demande aucun travail supplémentaire.
Parce que, concrètement, si le TPG fonctionnait efficacement, nous devrions passer la carte vitale du patient dans notre lecteur, la CPAM nous rembourserait les 23€ et basta...
Ensuite, comment la CPAM se débrouille pour se faire rembourser par les mutuelles, ce n'est plus mon problème.
Dans ces conditions là, je suis pour le TPG.

Alors j'entends bien les sirènes du "c'est une médecine étatisée" "nous deviendrions à la tutelle de l'Etat pour notre rémunération"...
J'avoue que ça, je n'en ai pas particulièrement peur.
On peut même me proposer le salariat, je suis preneur. Mais je doute que cette solution soit celle choisie en hauts lieux.

Et les pharmaciens ?
Oui, en effet, ils font ça depuis des années. Ils ont bien souvent un mi-temps, voire plus, pour s'occuper de cela.
Leur modèle économique est bâti en tenant compte de cette contrainte.
Alors, oui, nous, médecins, nous pourrions embaucher pour faire ce travail. Pas de souci.
Mais, concrètement...
Vous accepteriez, vous, pour votre métier, qu'on vous donne 1h40 de travail en plus obligatoire par jour pour maintenir votre salaire, travail que vous pouvez faire faire par quelqu'un que vous aurez à payer, sans compensation de revenus ?

Voilà. Tu vois Gabriel, je ne suis pas contre ce TPG. Mais pas n'importe comment.

Mais toute cette discussion, sans même avoir une seule fois abordé notre niveau de rémunération. Nous sommes les médecins les moins bien payés d'Europe à quelques exceptions près. Nous sommes la spécialité la moins bien payée de France.
Alors oui, les pouvoirs publics (et un peu les médias, il faut le reconnaître) surfent sur cette vague germinalienne des nantis qui demandent encore plus d'argent.

Il ne s'agit ni plus, ni moins, que de demander à être payé "normalement". Qui accepterait sans sourciller en France, d'être payé parfois 2 fois moins cher que nos voisins européens, pour le même travail ?
Jusqu'à présent, les médecins généralistes râlaient un peu, mais n'allaient pas beaucoup plus loin. Nous gagnons bien notre vie, bien sûr. Au prix d'horaires de travail un peu fous bien souvent. Mais tout est fait pour nous faire culpabiliser d'oser réclamer un peu de "justice" dans notre rémunération (oui, "Justice" est le mot à la mode partout en ce moment. Comme "Pacte" ou "Citoyen". On en met à toutes les sauces, mais on ne sait plus trop ce que ça veut dire en réalité).

"Notre seul espoir, est de tout reprogrammer..."

Quand je vous disais que cette chanson pouvait s'appliquer à cela...
Notre espoir : réécrire une partie de ce projet de loi

"On vous promet de donner le maximum, contre la menace et de sauver tous les hommes" 

J'ai l'impression que dans nos rangs, les choses bougent.
La goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà trop rempli.
On parle de faire pratiquer les vaccins par nos collègues pharmaciens.
Soyons clairs : Vacciner, c'est un jeu d'enfants : désinfecter la peau, prendre la seringue, la planter dans l'épaule, injecter, retirer la seringue.
Voilà. 
Pas sûr même qu'il faille être pharmacien pour cela.

Michèle Delaunay m'avait invectivé sur Twitter en m'expliquant cela.
J'aime quand les gens qui n'y connaissent rien me prennent pour un ignorant.

Parce que si pratiquer le vaccin est enfantin, décider de vacciner, choisir quel vaccin, sur des arguments purement scientifiques et non marketings, là, ça demande réflexion.
Et je pense que les collègues pharmaciens sont déjà un peu trop occupés pour devoir en plus s'en charger.
Sans compter que, dans la majeure partie des cas, les vaccins, nous les faisons au cours d'une consultation pour un autre motif... (Traduisez par : "Tu la vois venir mon augmentation inutile des dépenses de santé ?")

Donc, ne pas s'y tromper : si la grogne monte, c'est SURTOUT pour le bien de nos patients !

"Souviens-toi, était-ce mai, novembre, ici ou là, était-ce un lundi ? Je ne me souviens que d'un mur immense, mais nous étions ensemble, ensemble nous l'avons franchi" (Ensemble, Jean-Jacques Goldman)

La Stratégie Nationale de Santé avait fait la part belle à l'enseignement de la médecine générale. Les moyens allaient être mis noir sur blanc dans la loi.
Enfin !

Dans le projet de loi... Juste une ligne... pour dire que tout cela sera discuté avec le Ministère de l'Enseignement Supérieur. (Traduisez par : "Tu la vois venir l'absence de mesure concrète dans ma future loi ?")

Pourtant, enseigner la médecine générale, c'est donner envie aux jeunes médecins de s'installer. C'est prouvé.

"Read my lips and they will tell you : Enough is enough is enough is enough" (Read my lips, Jimmy Sommerville)
(Lis sur mes lèvres et elles te diront : trop c'est trop) 

A priori, j'ai un peu l'impression que tout le monde s'en fout en hauts lieux... J'espère avoir tort...

Mais, pour la première fois de ma vie (si on exclut une grève de garde quand j'étais externe pour obtenir le repos de sécurité) je vais faire grève.
Je n'aime pas ça.
Je veux dire, je n'aime pas laisser mes patients sans solution de soins. Quand je ne suis pas là, j'ai un remplaçant, ou mon interne en SASPAS quand je donne cours à la fac.
Mais là...

Le mur à franchir est immense.
Allons-nous le franchir ?

Comme je le disais dans l'un de mes tous premiers billets "Le jour où les généralistes s'éveilleront..."

samedi 1 novembre 2014

Tu le mérites ?

"I bought you drinks, I brought you flowers. I read your books and talked for hours. Every day so many drinks, such pretty flowers, so tell me : what have I, what have I, what have I done to deserve this ?" (What have I done to deserve this, Pet shop boys)

(Je t'ai payé des verres, acheté des fleurs. J'ai lu tes livres et parlé des heures. Tous les jours, tant de verres et de si jolies fleurs, alors dis-moi : qu'ai-je fait pour mériter cela ?)

"Il a travaillé toute sa vie docteur. Et il est mort comme ça, d'un coup. Il était en pleine forme et c'est arrivé d'un coup. Il ne méritait pas cela"

Qui le mériterait ?
Personne, bien entendu. Personne ne mérite, au sens péjoratif de "tu n'as que ce que tu mérites", de mourir. Encore moins quand le décès est brutal.

Tout comme quand on pose un diagnostic grave chez un patient jeune. On lui fait entrevoir d'un coup, plus ou moins violemment, qu'il n'est pas immortel. Qu'il va devoir se battre de toutes ses forces. 
Et s'il gagne ce combat, il aura mérité sa survie ?
Parce que ceux qui le perdent ne le méritaient pas ?

Je n'aime pas cette notion de mérite face à la mort. Elle introduit forcément une notion de valeur alors que la vie est comme ça. C'est un apprentissage permanent. 
Nous faisons des choix, certains sont de nature a améliorer notre vie présente ou future. D'autres peuvent entraîner tout l'inverse.
Pas de fatalité. Juste un choix.

Le patient qui choisit de fumer, c'est son choix. Sera-t-il forcément atteint d'un cancer pulmonaire ensuite ? Je n'en sais rien. L'aura-t-il mérité ? Je ne le crois pas.
Oui, il aura eu des conduites qui l'auront amené à prendre un risque important. Oui, nous sommes là, les soignants, pour aider et accompagner ceux qui font le choix d'arrêter de prendre ce risque. Ce n'est parfois pas facile, mais ces patients-là ont le mérite d'essayer... et d'y arriver.

Ils ont du mérite ? Mais s'ils développent un cancer du poumon "quand même", ils auront du mérite, sans mériter cette maladie, ou en la méritant un peu quand même ?


"You live, you learn. You love, you learn. You cry, you learn. You lose, you learn. You bleed, you learn. You scream, you learn" (You learn, Alanis Morissette)
(En vivant, tu apprends. En aimant, tu apprends. En pleurant, tu apprends. En perdant, tu apprends. En saignant, tu apprends. En criant, tu apprends)


Donc, nous vivons. Nous apprenons à vivre, et l'ardeur que nous mettons dans cet apprentissage nous fait mériter ce que nous obtenons de notre vivant ?

"De toute manière, toi, t'es médecin, t'es blindé de fric"
Le fameux #LesMédecinsCesNantis de Twitter.
Les médecins généralistes (dont je fais partie), ne sont pas à plaindre dans l'échelle des revenus de la société. Bien entendu, si vous comparez le revenu moyen d'un généraliste à celui d'un individu gagnant le SMIC, il n'y a pas l'ombre d'un doute possible.
Du coup, parfois, et je suis persuadé que ce point précis est typiquement français, j'en arriverais presque à éprouver une forme de culpabilité, ou de gêne vis-à-vis de mon niveau de vie.

Dans ces moments-là, exit les neuf années d'études, exit le fait d'avoir été boursier (donc de ne pas avoir eu assez de revenus pendant mes études pour que l'Etat décide de m'en donner un peu), exit les gardes de nuit, les petits boulots en plus des études pour arrondir les fins de mois...
Dans ces moments-là, j'oublie que si j'en suis là, c'est que je le mérite peut-être un peu. Que "toute peine mérite salaire".

Et quand j'en ai un peu assez qu'on puisse me le reprocher, plus ou moins gentiment, plus ou moins sur le ton de la plaisanterie, je m'amuse à répondre, plus ou moins gentiment, plus ou moins sur le ton de la plaisanterie aussi : "Le concours de première année est ouvert à tous, sans limite d'âge. Tu veux que je te prenne un dossier d'inscription ?"

Travailler pour mériter ce que l'on obtient, c'est gratifiant. La fierté de ce dire que tout cela, on ne le doit qu'à soi-même. Etre le propre produit de son mérite.

Mais alors, ceux qui ne vivent pas la même réussite, c'est qu'ils n'ont pas fait ce qu'il fallait pour la mériter ?
Et ceux qui travaillent dur, mais ne connaissent pas le succès, ont-ils des raisons de démériter ?

J'ai repris des études cette année pour "mériter" dans quelques années un poste universitaire. Je me replonge dans les cours, dans les statistiques, je révise, je fais des exercices. Nous avons eu cette semaine un contrôle continu, certes plus difficile que les années précédentes, et que je n'ai pas vraiment réussi.
Donc, si je ne l'ai pas réussi, c'est que je ne méritais pas de réussir ? Donc travailler, parfois beaucoup, parfois intensément, ne suffit pas au mérite ?

Alors, qu'est-ce qu'on mérite, vraiment ?


"Un début de janvier, si j'ai bien su compter. Reste de fête ou bien vœux très appuyés. De Ruth ou de Moïshé, lequel a eu l'idée ? Qu'importe si j'ai gagné la course, et parmi des milliers. Nous avons tous été vainqueurs même le dernier des derniers, une fois au moins les meilleurs, nous qui sommes nés" (Bonne idée, Jean-Jacques Goldman)


Des milliers ? Des millions, non ?
Cette moitié de nous est bien arrivée première aux portes de l'ovule, non ?
S'il y a un truc sur Terre, que nous méritons tous alors, c'est d'avoir gagné cette fameuse course, et d'avoir voulu, déjà à l'échelle microscopique, se battre pour mériter notre venue, malgré tout ce qui rend celle-ci parfois si difficile, voire impossible.
Mais ceux qui n'arrivent pas à être parents, l'ont-ils mérité ?

J'ai finalement beaucoup de mal avec le "mérite-sanction" divine. J'aime mieux le concept de "mérite-accomplissement de soi".



Demain, les zèbres vont rentrer de leur semaine de vacances chez les grands-parents, au grand air jurassien. Ils se sont bien amusés visiblement.
Ils ont d'excellents résultats scolaires, mais travaillent beaucoup pour les obtenir.
Quand ils arriveront demain, une surprise les attendra... 
Ils le méritent.